Interview Denise Epoté «Laurent Gbagbo reste une bête politique et un historien»

Denise Epoté lors de l'interview avec Laurent Gbagbo
Denise Epoté lors de l'interview avec Laurent Gbagbo

C’est assurément un joli coup réalisé par la chaîne de télévision TV5 MONDE, le jeudi 29 octobre, avec l’interview exclusive accordée par l’ancien chef d’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo. Muet depuis sa chute du 11 avril 2011, cet homme politique, toujours populaire auprès d’une frange de la population ivoirienne, a demandé aux autorités la négociation. Denise Epoté qui a eu le privilège de l’interviewer, revient sur cet évènement.

Diasporas-News : La Côte d’Ivoire entière et plusieurs africains étaient scotchés le jeudi 29 octobre, à la faveur de l’interview exclusive que vous a accordé l’ex-chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo. Avez-vous ressenti cette attente ?

Denise Epoté : Assurément l’absence pendant neuf ans de Laurent GBAGBO de la scène publique faisait de cette interview un événement. Par ailleurs, il ne s’était pas exprimé depuis son acquittement intervenu en janvier 2019. A la veille de l’élection présidentielle dont il a été exclu, incontestablement sa parole était attendue.

D-N : C’est assurément un grand coup réalisé par votre chaîne de télévision, surtout que Laurent Gbagbo n’avait plus parlé à la presse depuis sa chute du 11 avril 2011…

D.E: L’objectif de TV5 MONDE n’était pas de faire un coup ! Mais nous étions conscients que nous avions une exclusivité que plusieurs médias nous envieraient. Au vu des nombreuses reprises dans la presse africaine et internationale, sur les chaînes de télévision ici et en Afrique tout comme sur les réseaux sociaux. Oui c’est une belle opération.

D-N : Comment êtes-vous parvenue à obtenir cette exclusivité mondiale?

D.E: Le dimanche 25 octobre, j’ai reçu un appel du président Laurent GBAGBO. Il m’a dit qu’il souhaitait prendre la parole dans le cadre d’une interview que je ferai. Je lui ai demandé quel jour il comptait se rendre à Paris ? Faute de passeport, il m’a dit qu’il ne pouvait pas voyager.

D-N : Qu’avez-vous alors décidé ?

L’option de faire une interview par Skype ne lui convenant pas, il ne restait plus qu’une solution. Que je me rende à Bruxelles. Lundi matin j’ai obtenu l’accord d’Yves BIGOT, le directeur général de TV5MONDE, des dispositions ont été prises pour trouver à Bruxelles une boîte de production avec laquelle Stéphane PRUVOT, le réalisateur et moi-même, allions travailler. J’ai ensuite annoncé au président Laurent GBAGBO que je ferai un aller-retour à Bruxelles le mercredi 28 octobre pour enregistrer une interview d’une demi-heure dont nous diffuserions 14 minutes dans le cadre du magazine « Et si vous me disiez toute la vérité » et l’intégralité sur le site de TV5 MONDE le 29 octobre. La suite de l’histoire vous la connaissez.

D-N : Les retours de l’interview sont-ils excellents ?

D.E: Oui. Au vu des audiences enregistrées sur nos pages Facebook et YouTube, on peut dire que ce fut une très belle opération. Le responsable des réseaux sociaux à TV5 MONDE parle de résultats exceptionnels !

D-N : Plusieurs internautes ont affirmé être restés sur leur faim. Pensez-vous avoir tiré le maximum de Laurent Gbagbo ?

Denise Epoté

D.E: Il y a eu deux versions de l’entretien. Une de 14 minutes diffusée à l’antenne et une de 38 minutes qui a été mise en ligne. L’objectif n’était pas que le président Laurent GBAGBO nous raconte sa vie et nous parle des procédures judiciaires en cours pendant une heure. Ce que les Ivoiriens attendaient, c’est qu’il se prononce sur la situation qui prévaut dans son pays depuis plusieurs mois. Il n’a esquivé aucune question.

D-N : Est-il vrai que des passages ont été retirés, parce qu’incohérents?

D.E: Aucun passage n’a été supprimé. L’objectif était de faire une interview de 30 minutes elle a duré 38 minutes !

D-N : Comment avez-vous trouvé Laurent Gbagbo ?

D.E: Comme nous tous, il a neuf ans de plus ! Mais il est toujours aussi alerte et jovial. Il reste une bête politique et un historien qui n’oublie pas ses références.

D-N : Avez-vous peur pour l’avenir de la Côte d’Ivoire, après l’élection présidentielle du 31 octobre 2020 ?

D.E: Aucune élection ne devrait provoquer des violences et encore moins des morts.

Entretien réalisé par Thomas De Messe Zinsou, paru dans le diasporas-News n°119 de Novembre 2020