lundi, novembre 29, 2021
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Bénin, Talon-Yayi, le dégel après le duel

Cotonou nourrit l’espoir de la fin des bras de fer tendus entre Patrice Talon et Boni Yayi après l’historique tête-à-tête du 22 septembre 2021.

De l’inédit. Patrice Talon et Boni Yayi, assis l’un en face de l’autre. Les Béninois ont longtemps rêvé de cette image ces dernières années, surtout pendant que la tension était à son paroxysme entre les deux personnalités. Mais c’est au moment où ils s’attendent le moins que ce rêve va se concrétiser. Le 22 septembre 2021, le palais de la Marina à Cotonou s’est emballé d’émotions quand l’opposant au régime, drapé de son boubou blanc, y est apparu. Patrice Talon était là pour l’accueillir. « C’est un honneur pour moi et un grand plaisir de vous revoir, de vous retrouver. Je rends grâce que vous soyez-là en votre qualité. Je suis tout ému », a-t-il déclaré. Le chef de l’État béninois souhaite que ses compatriotes voient à travers ces retrouvailles un signe d’unité. « Vous comprenez donc quelle émotion et quelle est ma fierté de vous recevoir ici et de donner également à nos citoyens ce message que ceux qui ont consacré du temps à cette Nation ont la grâce de vie et de santé de se voir, de se parler et de se donner des conseils pour que nos citoyens continuent de croire en cela et de voir en nous des artisans de cette unité. Merci », a-t-il martelé. De son côté Boni Yayi a dû prendre quelque temps pour rechercher des repères. La dernière fois qu’il a posé les pieds en ces lieux désormais métamorphosés, c’était en 2016. Depuis ce temps, les deux hommes ne s’étaient plus revus, les clivages ayant envenimé les relations.

En effet, le climat délétère entre Yayi et Talon remonte au lendemain de la présidentielle de 2011. Alors président de la République, Boni Yayi a décidé d’arracher le Programme de Vérification des Importations à l’homme d’affaires Patrice Talon qui en avait le monopole. Survint en octobre 2012, le dossier de tentative d’assassinat au sommet de l’État où, en délicatesse avec le régime, Talon a été indexé. Cependant, en 2016, les rôles se sont inversés : Boni Yayi transmet le pouvoir à son rival et devient l’opposant de ce dernier. Les divergences déjà profondes se sont accentuées avec la non-participation aux élections des partisans de l’ancien président de la République. Lui-même a été terré durant 52 jours à domicile. Quant à ses proches, beaucoup sont poursuivis pour terrorisme après les violences qui ont émaillé la présidentielle de 2021.

Le calme après la tempête

Le tête-à-tête du 22 septembre 2021 est alors bien surprenant, même s’il a été chaleureusement bien accueilli dans l’opinion. « Beaucoup croient qu’il y a un problème profond entre Talon et Yayi, mais il n’y en a pas de profond », a rassuré Boni Yayi. Pourtant, ces retrouvailles auraient pu se tenir en novembre 2019 sous l’égide de la Cedeao, mais l’ancien chef d’État avait manqué le rendez-vous. Cette fois-ci a été la bonne. Néanmoins, en décidant de faire ce pas, l’opposant au régime en place n’a pas manqué de faire des doléances : libérer tous les détenus politiques dont entre autres Reckyath  Madougou et le Professeur Joël Aïvo, candidats recalés à la dernière présidentielle. Le cas de nombreux jeunes arrêtés a été aussi été abordé. « J’ai fait des propositions au président qui m’a écouté, notamment qu’il soit mis fin aux arrestations politiques pour permettre à tous nos compatriotes exilés de rentrer chez eux », a-t-il souligné, sans pour autant insister. « C’est une requête. C’est moi qui demande, mais c’est lui qui décide… »

Les Organisations de la Société civile ont pour leur part saisi la balle au bond pour espérer que ce dialogue soit le début d’une longue série qui contribuera à ramener la paix et des processus électoraux plus inclusifs. « Les membres de la Plateforme électorale des Organisations de la Société civile (Osc) sont heureux du tête-à-tête historique entre le président Patrice Talon et son prédécesseur Boni Yayi, tous deux opposés sur des questions d’ordre politique. Elle salue donc à cœur joie la démarche des deux personnalités visant à taire les querelles politiques », a déclaré Fatoumatou Batoko Zossou, présidente de la plateforme.  Du côté des acteurs politiques, les commentaires vont bon train. Certains condamnent le vœu de la libération des prisonniers, pendant que les plus optimistes, attendent un prochain miracle.

Kokouvi Eklou, paru dans le Diasporas-News 129 – Octobre 2021

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