lundi, août 2, 2021
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Ouganda: l’opposant Bobi Wine conteste l’élection présidentielle devant la justice

En Ouganda, la justice va devoir statuer sur la validité des résultats de l’élection présidentielle, après le recours déposé lundi par l’opposant Bobi Wine pour contester la réélection du président sortant Yoweri Museveni, qu’il estime entachée de fraudes.

M. Wine, jeune député de 38 ans et ancien chanteur de ragga, a été largement battu lors de l’élection du 14 janvier, qui a vu M. Museveni remporter un sixième mandat après une campagne marquée par des violences qui ont fait des dizaines de morts.

Selon les résultats officiels, actualisés il y a quelques jours, le dirigeant autoritaire de 76 ans a récolté 58,4% des voix, contre 35,1% pour M. Wine.

“Nous voulons l’annulation de l’élection, nous ne voulons pas qu’il (Museveni) prenne part à des élections futures”, a déclaré Medard Sseggona, un des conseils de Bobi Wine, en déposant un recours devant la Cour suprême de ce pays d’Afrique de l’Est.

M. Wine, de son vrai nom Robert Kyagulanyi, avait immédiatement dénoncé l’élection comme une “mascarade”, et avait affirmé disposer de nombreuses preuves d’irrégularités. Selon la Constitution, l’opposant avait 15 jours après la déclaration des résultats pour contester le scrutin, lors duquel les autorités ont coupé l’accès à internet dans le pays.

L’assignation à résidence du candidat, qui avait débuté dès le jour du scrutin, a été levée la semaine dernière par la justice. Après le dépôt lundi du recours, la Cour suprême a maintenant 45 jours pour statuer.

– “Tricher impunément” –

D’autres opposants ont déjà tenté de contester les précédentes victoires électorales de M. Museveni devant la justice. Le dirigeant autoritaire a été systématiquement élu à chaque scrutin auquel il participait depuis 1996, quasiment à chaque fois avec des soupçons de fraudes.

Selon son avocat, “des soldats ont fait irruption dans des bureaux de vote” et ont bourré les urnes avec des bulletins pré-remplis le 14 janvier. Les registres électoraux ont également été trafiqués dans certains sites, d’après lui.

“Museveni ne peut pas être autorisé à tricher impunément”, a estimé M. Sseggona.

Le président sortant, au pouvoir depuis 35 ans, assure lui que cette élection a été la plus transparente depuis l’indépendance du pays en 1962.

La campagne électorale a été marquée par la violence et par la répression contre les candidats de l’opposition, empêchés d’organiser des rassemblements au nom de la lutte contre l’épidémie de Covid-19.

En novembre, au moins 54 personnes ont été tuées par la police lors de violences déclenchées par une énième arrestation de M. Wine, maintes fois appréhendé depuis 2018.

– Contestation “très difficile” –

Malgré la fin de son assignation à résidence, l’accès au siège de son parti politique, la Plateforme d’unité nationale (NUP), reste bloqué depuis deux semaines par les autorités.

Lundi, la capitale Kampala était quadrillée par des véhicules blindés et par de nombreuses patrouilles de police. Un déploiement des forces de sécurité que l’inspecteur général adjoint de la police, Paul Lokech, a justifié par la menace de manifestations violentes.

Le NUP a rejeté ces accusations. Son secrétaire général Lewis David Rubongoya a assuré que le parti prône “une alternance pacifique au gouvernement de Museveni, sans recourir à la violence”.

Le cadre légal pour contester les élections est ouvertement critiqué en Ouganda, car les juges de la Cour suprême examinent seulement les événements survenus le jour de l’élection et le jour de la déclaration des résultats, sans prendre en compte la campagne électorale dans son ensemble.

“La jurisprudence circonscrit le processus électoral aux votes, aux chiffres et aux statistiques du jour du scrutin, ce qui rend la contestation d’une élection très difficile”, explique à l’AFP l’analyste politique indépendant Crispin Kaheru.

Devant la Cour suprême, Bobi Wine doit prouver que les irrégularités dont il dit avoir connaissance ont influé “de manière substantielle” sur le résultat de l’élection. Un pré-requis bien plus exigeant que les preuves réclamées par la justice civile.

La Cour ne regarde pas “le processus qui a mené aux élections, mais seulement les événements survenus lors du scrutin et le jour de la déclaration des résultats, ce qui rend les actes frauduleux très difficiles à prouver”, conclut M. Kaheru.

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