lundi, novembre 29, 2021
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La grève au Nigeria fait peur aux riches mais touche les pauvres

La grève au Nigeria fait peur aux riches mais touche les pauvres
Grace Ojo, qui vend du riz sur le marché de Lagos, la plus grande ville du Nigeria, en a marre. A la fois de cette grève qui paralyse le pays mais aussi parce que le président a fait exploser les prix du carburant. Interrogée sur la probabilité que la grève générale fasse revenir le président Goodluck Jonathan sur la supression des subventions – qui a doublé les prix à la pompe-, cette femme de 53 ans, mère de trois enfants, répond : “arrêtez le mouvement. Mais dites à Goodluck d’avoir pitié de nous !”.
C’est la dure réalité de la grève et de la vie en général dans le pays le plus peuplé d’Afrique (160 millions) et premier producteur de pétrole du continent, miné par la corruption : de pauvres familles affrontent des choix très difficiles.
Si la grève se poursuit, les gens qui travaillent dans le commerce informel et subsistent avec moins de 2 dollars US (1,6 euro) par jour vont être encore plus frappés par la disparition de leurs ressources.
Si elle est levée, l’espoir s’envole de voir le gouvernement rétablir des subventions. Or jusqu’à présent les autorités n’ont montré aucun signe de reddition.
Selon responsables officiels et économistes, la politique sur les carburants est la bonne: elle devrait améliorer le développement en consacrant les 8 milliards de dollars (6,3 mrds euros) économisés à des projets d’infrastructures.

La grève au Nigeria fait peur aux riches mais touche les pauvres
La grève qui a débuté lundi s’est étendue à tout le Nigeria, fermant les commerces et mettant des dizaines de milliers de manifestants dans les rues.
La production de pétrole, vitale pour le pays car elle rapporte des deux tiers des ressources publiques, représente 90 % de ses revenus d’exportations, et n’a jusqu’à présent pas été touchée.
Cependant un des deux syndicats des ouvriers du pétrole, le NUPENG, a menacé mercredi d’interrompre la production de brut, “faute d’accord les confédérations syndicales et le gouvernement aujourd’hui”.
“La seule façon de forcer le gouvernement, serait de toucher aux exportations de pétrole brut”, dit Kayode Akindele, membre d’un cabinet d’investissements. Selon lui et d’autres responsables économiques la production s’est poursuivie notamment car elle se fait en grande majorité en mer (off shore) et qu’elle est en grande partie automatisée.
Mais de nombreux travailleurs du secteur sont réservés cette arme de dernier recours, car il faudrait des jours voire plus pour reprendre ensuite une production normale.
La majorité pauvre des Nigérians sont donc devant un dilemme : ils veulent que les prix de l’essence baissent et que la grève s’arrête.
“Je pense que la grève devrait s’arrêter car rien ne marche, pas moyen de travailler ni de gagner de l’argent”, estime Ben Korchioga, 26 ans, conducteur de taxi-moto qui avec 150 confrères attend devant une station service afin de s’approvisionner en carburant.
Mais selon lui, “ce n’est pas le bon moment” de mettre un terme aux subventions”.
Certains ont vu dans ce mouvement de protestation une version nigériane du Printemps arabe, ou une variante de protestations globales, lançant sur Twitter un mouvement “Occupy nigeria” du genre “Occupy wallstreet”.
M. Akindele souligne pour autant que la police à évité d’être trop violente comme beaucoup le craignaient. Un officier a été accusé d’avoir tué une personne à Lagos et deux personnes ont été tuées à Kano au nord du pays lors d’affrontements entre police et manifestants.
Il y a eu certes quelque 10.000 personnes dans la rue à Lagos, la gigantesque capitale économique. Mais “si vous commenciez à avoir 100.000 ou 150.000 personnes dans les rues car pourrait avoir un impact” dit Akindele.
Au marché central de Lagos en tout cas, il y a beaucoup moins d’acheteurs que d’habitude. Mais l’offre est là: les quartiers de boeufs sont accrochés aux étals, la viande est toujours cuite sur du charbon de bois. Sur le mur voisin figure l’annonce “s’il vous plait n’urinez pas partout”.

AFP

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