lundi, août 2, 2021
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Interview : Manu Dibango

Interview : Manu Dibango
Diasporas News : Après la sortie de votre dernier album Ballad Emotion, vous vous apprêtez à publier le 7 novembre prochain, votre dernier né intitulé Past-Present-Future. D’où vous vient cette grande motivation ?
 
Manu Dibango : Il faut dire que ça fait longtemps que je n’ai pas fait de disque. Pour moi, la vie est faite d’envie et de motivation qui entraînent relativement des projets. Ceci dit, Ballad Emotion et Past-Present-Future sont deux projets très différents. Ballad Emotion n’est autre que, les amours de ma jeunesse. C’est la musique internationale telle que jouée par les grands artistes des Etats-Unis. Un projet né dans les cabarets parisiens ou internationaux où je joue le plus souvent. Tout ceci pour vous dire que la musique n’a pas de frontière. La réalisation de Past-Present-Future, est la preuve de ce que vraiment la musique n’a pas de frontière. Tenez-vous bien, voulant faire quelque chose de différent, je suis rentré en studio avec une nouvelle génération d’artistes tels que Passi, Wayne Beckford, Oum, etc. une sorte de Waka africa n°2. Comme j’avais fait Waka africa n°1 dans les années 90 avec Youssou Ndour, Angelique Kidjo… L’album Past-Present-Future mérite d’être appelé ainsi parce que, hormis les jeunes artistes Passi, Wayne Beckford, Oum et autres mon petit fils de 8 ans, y a chanté. Dans cet album, on trouve le passé que je représente, le présent avec la génération des Passi et autres, et le futur représenté par mon petit fils. En conclusion, les deux projets sont différents mais c’est le fruit des voyages toujours autour de la musique et de l’amour pour la musique.
 
D.N : L’album Past-Present-Future, est-il très différent ?
 
M.D : Oui bien sûr. Il est différent de l’autre. Mais également les interprètes sont différents. Par exemple, la Marocaine Oum a participé alors que je n’ai jamais travaillé en disque avec des artistes de l’Afrique du nord. J’ai travaillé avec elle sans faire du Raï, généralement joué par les artistes dans cette partie du continent africain. S’agissant de cette jeune artiste marocaine, je dis qu’elle a un avenir radieux devant elle.
 
D.N : On dit que Manu Dibango aime se définir comme un artiste africain témoin de l’histoire de son continent. La preuve, sa musique rassemble de nombreuses musicales du continent. Comment l’expliquez-vous ?
 
M.D : C’est normal que des gens fassent la musique de leurs terroirs. Mais ce n’est pas évident qu’elle convainque beaucoup plus de mélomanes. Prenons l’exemple du Cameroun d’où je suis originaire. Avec 230 dialectes, si l’on chante en douala ce n’est pas si sûr de convaincre une personne qui parle ewondo. Toutefois, l’artiste doit aller au-delà des frontières de son pays car le monde musical lui appartient. Mais pour y arriver il faut qu’il se donne les moyens : apprendre la musique qui n’est pas seulement un don mais un métier. Selon moi, il n’y a pas de médecin africain ni d’ingénieur africain mais plutôt d’origine africaine. Peu importe la couleur de la peau, ils exercent tous le même métier. C’est pareil pour la musique. Manu Dibango ne peut pas se définir comme un musicien camerounais ou un autre comme musicien ivoirien. Dire qu’on est musicien d’origine camerounaise offre beaucoup d’opportunités, Pour étayer mon propos, quatre jours avant cette interview j’ai joué à Lille avec un orchestre symphonique. Certes, je suis un musicien d’origine camerounaise mais j’ai été invité à jouer avec cet orchestre parce que je suis un musicien ayant pour métier la musique. Rien à voir avec ma nationalité ni mon origine. On ne regarde pas Manu Dibango comme un noir portant seulement un boubou ou jouant du Djembé. Quant à moi je ne joue pas que du Makossa, je peux aussi jouer autre chose car mon métier c’est la musique. Un orchestre symphonique c’est 120 musiciens. C’est ça aussi la musique. Je ne joue pas que de la musique aux sonorités camerounaises, congolaises, nigerianes, jamaïcaines comme vous le dites mais de l’univers. C’est pourquoi Ballad Emotion et Past-Present-Future n’ont rien à voir avec Makossa que vous appréciez certainement.

Interview : Manu Dibango
 
D.N : Quel est le secret de votre réussite sachant que pour  percer le marché européen il faut jouer la World music ?
 
M.D : C’est ça la contradiction de l’être humain qui définit toujours le cadre dans lequel on doit évoluer. Moi je casse les genres où l’on veut me mettre. Je vais vous dire que je fais la musique et je refuse d’être catalogué. A bientôt 77 ans, j’ai connu la génération des premiers dirigeants africains : Lumumba, Tshombé, Kasavubu, Houphouët-Boigny, Nkrumah, Sékou Touré qui étaient mes grands admirateurs. J’ai toujours l’envie et la flamme de faire la musique que certains  qui étaient pourtant doués que moi n’ont pu avoir. C’est une chance.
 
D.N : Vous êtes un saxophoniste confirmé. Si vous étiez un instrument de musique ce serait lequel ?
 
M.D : Commençons par celui-là (Rire). Un instrument de musique est un véhicule de pensée. Rendons hommage à la personne qui a conçu l’instrument. Pour concevoir la rencontre du métal ou du bois avec les interférences du son pour fabriquer un instrument. Que ce soit un saxo, une trompette, un trombone ou une guitare. La guitare marche avec des cordes, la trompette il faut trois pistons. Il y a des gens qui ont créé ces instruments et d’autres comme nous qui sont des interprètes. La fabrication des instruments est révélatrice de la culture des gens. C’est le cas de ceux qui fabriquent le balafon, la Cora, le violon, l’orgue, les synthés, les tamtams. En Afrique par exemple, les tamtams viennent d’origine différente. Le son du Sahel est différent de celui de la forêt profonde mais toujours dans le sens du rythme. A travers l’instrument qui est notre voix nous transmettons des messages à l’être humain. A la différence des chanteurs tels que Rochereau, Kabasele, Werrason, Youssou Ndour, Angelique Kidjo. Quant à moi ma voix passe par le saxo ou la trompette. Par conséquent si j’étais un instrument je serais un saxophone.
 
D.N : Quels sont les musiciens invités à la sortie de votre album ?
 
M.D : Le disque sort le 7 novembre. Et le 17 novembre nous aurons un concert au Casino de Paris. Tous les artistes ayant participé à la confection de ce disque seront là. Avec Passi j’ai déjà joué au Stade de France et même dans Bisso Na Bisso n°2. C’est un garçon énergique et créatif. Toute la nouvelle génération dont je suis fier sera là. La Marocaine Oum, l’Anglais d’origine jamaïcaine Wayne Beckford, Pitt Baccardi, le trio Xmalea et Chantal Ayissi. Les musiciens viennent de divers horizons et les musiques deviendront la musique.
 
D.N : Dites- nous Manu Dibango. Qu’aimeriez-vous que le public retienne de vous ?
 
 
M.D : Aucune prétention. Il appartient au public de retenir ce qu’il aimerait(Rire).
 
 
D.N : Vous connaissez certainement Diasporas News. Comment l’avez-vous trouvé ?
 
M.D : Je l’ai trouvé nécessaire et bien fait. C’est un magazine qui traite de tous les sujets. De la gastronomie à l’horoscope s tout ça bien fait. Comment préparer la pintade yassa, le dolet. Tout va de la culture du ventre jusqu’à la culture qui va à la tête. J’ai lu dans l’un de vos numéros un article de Me Louis Gaston Mayila. J’espère que vous ferez une bonne distribution parce que la plupart des Africains lisent peu. C’est avec plaisir que je viens de lire l’interview d’Eugénie Diecky avec qui je travaille à Africa n°1.Evidemment tous les numéros que j’ai pu lire vont dans le même sens, c’est-à-dire connaître son histoire et se connaître.
 
Faustin Dali
 
 
 
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