samedi, septembre 18, 2021
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Rwanda: la prochaine visite à Paris du président Kagame ravive les passions

Rwanda: la prochaine visite à Paris du président Kagame ravive les passions
La visite à Paris du président rwandais Paul Kagame, censée parachever la normalisation de relations entre les deux Etats, ravive au contraire les passions en France, où politiques et militaires n’ont pas digéré les accusations rwandaises de complicité et de crimes de génocide.
L’honneur blessé des soldats, le doute persistant sur le rôle de la France: les mots sont durs, les points de vue irréconciliables entre ceux qui mettent en garde contre une forme de négationnisme et ceux qui se défendent d’accusations de génocide.
Dix-sept ans après le génocide et l’opération militaro-humanitaire Turquoise, déployée en juin 1994 pour créer une zone humanitaire sûre destinée à protéger les civils, les blessures restent à vifs.
Kigali a longtemps accusé les militaires français de complicité de crimes de génocide en ayant, sous couvert de cette opération Turquoise, permis la fuite de milliers de génocidaires hutus, protégés de l’avancée des rebelles tutsi du FPR (actuellement au pouvoir) par l’établissement de la zone humanitaire.
Allant plus loin, le rapport de la commission d’enquête Mucyo, en 2008, affirme que la France a participé à la formation des génocidaires et accuse ses soldats d’avoir directement pris part aux massacres. Treize personnalités politiques et 20 militaires sont nommément mis en cause. 
"Une insulte" pour le général Jean-Claude Lafourcade, patron de l’opération Turquoise, qui "n’accepte pas que la France accueille sur son territoire un homme qui insulte l’honneur de l’armée française".
Le député Paul Quilès, président de la mission parlementaire d’information sur le génocide qui avait conclu en 1998 à "une erreur globale de stratégie" de la France mais rejeté une implication dans les massacres, est aussi indigné. "Si Kagame vient en France sans avoir retiré le rapport Mucyo, qui traite les soldats français de violeurs et d’assassins, ce sera une ignominie", affirme-t-il."Je ne comprends pas que le président de la République, qui est le chef des armées, puisse accepter une chose pareille", insiste-t-il, précisant avoir notifié son point de vue "par écrit" à Nicolas Sarkozy.
Fait rare, le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé, poste qu’il occupait en 1994, sera en déplacement dans le Pacifique au moment de la visite de Paul Kagame, prévue de dimanche à mardi.
Cité dans le rapport Mucyo, M. Juppé avait dit après sa prise de fonction en mars n’avoir aucune intention "de serrer la main" de Paul Kagame ni de se rendre au Rwanda tant que circulerait le "tissu de mensonge" du rapport rwandais.
A Paris, le président du Sénat Gérard Larcher, deuxième personnage de l’Etat, a fait savoir qu’il ne recevrait pas Paul Kagame.
Au contraire, certains diplomates, historiens et journalistes estiment que Paris n’a pas été à la hauteur en se contentant de reconnaître une "forme d’aveuglement" et de "graves erreurs d’appréciation", sans aller jusqu’à demander "pardon" comme l’ont fait les Américains et les Belges.
Voués aux gémonies par les premiers, ceux-là disent continuer de "traquer la vérité" et dénoncent le "négationnisme rampant", qui se cache derrière la "théorie du double génocide", en référence aux massacres (dénoncés par l’ONU) de Hutu rwandais perpétrés par l’armée rwandaise en 1996 dans l’ex-Zaïre, où s’étaient réfugiés des génocidaires.
L’actuel ambassadeur français à Kigali, Laurent Contini, a encore cette semaine mis en garde contre "la propagande anti-rwandaise" à l’oeuvre à Paris.
"Pour un certain nombre d’officiers français l’engagement au Rwanda a été vécu comme le dernier volet de la guerre d’Algérie, la dernière ligne de défense" d’un empire qui disparaissait, estime un spécialiste de la région des Grands Lacs africains.
"Ces relations franco-rwandaises sont révélatrices d’une série de pratiques, de coups tordus, qui ont été sanctionnés au plus haut niveau. Et dans cette histoire, personne n’est propre", estime-t-il.
Plusieurs associations et politiques dénoncent en outre le "tapis rouge" déroulé pour un "dictateur en perte de vitesse", sur le modèle de la visite de Mouammar Kadhafi en 2009.
Mais pour André Guichaoua, sociologue et expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda, "cette visite doit pouvoir avoir lieu, la diplomatie n’est pas la morale".

Diasporas-News –AFP

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