Les forces de sécurité ougandaises ont piégé et frappé la pop star ougandaise devenue député Bobi Wine, sous le coup d’une procédure pour possession d’armes, ont affirmé vendredi son épouse et son avocat.

Robert Kyagulanyi, plus connu sous le nom de Bobi Wine, avait été arrêté mardi et inculpé par un tribunal militaire deux jours plus tard.

Selon la police, deux armes à feu avaient été retrouvées dans sa chambre d’un hôtel à Arua (nord-ouest), où il était venu soutenir le candidat de son parti à une élection législative partielle. La possession illégale d’arme à feu est un délit passible de comparution devant de la justice militaire selon la loi ougandaise.

Vendredi, son épouse Barbie Kyagulanyi a dénoncé un coup monté: « Bobi s’est toujours tenu à l’écart des armes, et donc ça a été une surprise quand les forces de sécurité ont prétendu qu’elles en avaient trouvé deux dans sa chambre d’hôtel ».

« Tout ceci est un montage des militaires. Bobi n’a jamais possédé d’arme », a-t-elle ajouté.

De son côté, l’avocat du chanteur, Asuman Basalirwa, a affirmé que son client, âgé de 36 ans, avait été frappé pendant sa garde à vue.

« Il avait des bleus au visage quand il est apparu devant le tribunal militaire (jeudi). Il pouvait à peine parler ou marcher. Il était assisté (pour se déplacer) et même la posture assise était problématique, ce qui indique qu’il a été torturé », a déclaré Me Basalirwa.

Le porte-parole de l’armée, le général Richard Karemire, a réfuté les allégations de torture, expliquant que, si blessures il y avait, elles devaient avoir été causées par « les échauffourées » au moment de son arrestation.

« Nous ne torturons pas les suspects », a affirmé M. Karemire.

Bobi Wine s’est imposé comme un porte-parole de la jeunesse ougandaise et un détracteur virulent du président Yoweri Museveni depuis son élection à l’assemblée nationale l’année dernière.

M. Museveni, âgé de 74 ans et au pouvoir depuis 1986, a récemment fait supprimer la limite d’âge pour être candidat à la présidentielle, se donnant la possibilité de se représenter en 2021.

L’arrestation de Bobi Wine faisait suite à un incident à Arua, au cours duquel des partisans de l’opposition avaient jeté des pierres sur le convoi du président Museveni, venu soutenir le candidat de son camp à l’élection partielle.

Dans la confusion qui avait suivi, la police avait tiré à balles réelles pour disperser la foule, tuant le chauffeur de Bobi Wine.

Vendredi, la police anti-émeutes quadrillait le quartier de Kamwokya dans la capitale ougandaise, circonscription où Boby Wine a été élu.

Une forte présence militaire était également visible aux abords des locaux de la police militaire dans le quartier de Makindye, à Kampala, où le député est toujours maintenu en détention.