lundi, décembre 6, 2021
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Au Tchad, les victimes de la répression sous Hissène Habré témoignent

Au Tchad, les victimes de la répression sous Hissène Habré témoignent
Fatima Mando a été arrêtée à son travail à N’Djamena en 1983 avec trois autres femmes, soupçonnées d’avoir manifesté en faveur de rebelles.
"Pour nous nous faire avouer, c’était la bastonnade, on nous a bien tapé. On t’oblige à te déshabiller. Ils m’ont déchiré mes habits. (…) J’ai raconté n’importe quoi, j’ai dit qu’ils me tuent": Mme Mando pense avoir pu sortir après dix jours grâce notamment à l’intervention de son supérieur.
"Mon mari est la seule des 40.000 victimes (estimation du nombre de morts en détention ou exécutés par une commission d’enquête) dont le corps a été restitué", dit de son côté Zenaba Galyam, veuve d’un directeur de cabinet d’"Hissène" arrêté en 1983 par deux de "ses propres amis" et mort en camp militaire en 1984.
Jean Noyoma Kouvounsouna, alors âgé de 28 ans, a été interrogé pendant trois jours à la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS, police politique) en mai 1989.
"On m’a attaché et on m’a mis l’eau sous pression dans la bouche pour m’obliger à dire que j’étais un agent de la Libye au Tchad", explique-t-il. Le Tchad a été en guerre contre la Libye de Mouammar Kadhafi dans les années 1980.
Transféré au "camps des martyrs", il y passe "sept mois et deux semaines (…), on était (à six) dans des cellules de 1m50 sur 2 m".
"On était si serré que pour me tourner, il fallait que tout le monde se tourne", se souvient Clément Abaifouta, arrêté le 12 juillet 1985 à N’Djamena et détenu près de quatre ans.
Il déclare que, "fossoyeur", il enterrait 8 à 10 cadavres par jour en moyenne que le geôlier appelait "sacs".
"Nous menons cette lutte pour savoir pourquoi nous avons été soumis (…) à un tel traitement", explique-t-il.
Le 13 août 1984, des hommes de la Brigade spéciale d’intervention rapide (Bisir, armée), sont venus chercher le grand-frère de Pierre Ngolsou (alors lycéen) et un ami qui aurait hébergé un opposant au Nigeria, se souvient-il. "Depuis on ne sait pas ce qu’on en a fait", regrette M. Ngolsou.
Antoinette Mandjere avait 42 ans et vivait à Sarh (sud) en septembre 1984 quand son frère, commissaire, a disparu. Son corps a été retrouvé quelques jours après, abandonné en brousse: "On n’enterrait pas les morts, on laissait les gens pourrir". Des villageois l’ont discrètement enterré. .
Elle a été à son tour menée chez le directeur de la police, frappée avec des branches et finalement libérée grâce au préfet. S’il n’était par intervenu "ils allaient m’attacher pour me mettre dans le Chari (rivière)", affirme-t-elle.
C’est chez elle, dans la capitale, qu’on vient chercher Ginette Ngarbaye en 1985 pour l’emmèner à la DDS, où elle est accueillie par "un monsieur grand, gros, avec une chemise tachetée de sang".
Elle est accusée d’avoir vu des opposants dans le sud du pays. "Ils m’ont torturée, ils mettaient les fils électriques partout et je m’évanouissais", se remémore Mme Ngarbaye, alors enceinte de 4 mois.
Elle a passé deux ans en détention. "Mon enfant a fait ses premiers pas là-bas", dit-elle.
Soudain, les téléphones portables sonnent et les visages s’illuminent: le Sénégal, où s’était réfugié Habré en 1990 après avoir été renversé par Idriss Deby Itno, l’actuel président tchadien, a finalement renoncé à le renvoyer au Tchad, devant la pression de l’ONU qui craint que l’ex-dictateur ne soit lui-même torturé.
Les victimes redoutent notamment qu’il ne puisse être jugé équitablement dans son pays.
"Nous nous n’avons pas confiance en notre justice", a affirmé à l’AFP M. Abaifouta, président de l’Association des victimes contre la répression politique (AVRP) demandant que Habré soit envoyé en Belgique, "le seul pays qui a demandé à le juger".

Diasporas-News — AFP

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