Gastronomie : Le fabuleux destin de Chef Rima

Rima Amer, chef-cuisinier

Les gourmets de la ville de Lomé prennent plaisir à déguster ses recettes originales. Rima Amer est chef-cuisinier à l’hôtel Ahouefa King Salomon. Un destin fabuleux pour cette citoyenne du monde qui rayonne sur un des plus grands réceptacles hôteliers du Togo depuis près d’un an et demi. Portrait d’une professionnelle qui sait manier le bâton et la carotte.

Comme Obélix, Rima est tombée dans la cuisine dès sa plus tendre enfance. Fille et petite-fille de restauratrices, elle s’est passionnée très tôt par l’art culinaire. « Ma mère et ma grand-mère avaient déjà plusieurs restaurants en Côte d’Ivoire. Ma grand-mère a d’ailleurs cuisiné pour plusieurs chefs d’états. Ce qui fait que toute petite, la cuisine était devenue ma passion. » Contre le vœu de sa mère qui voulait la voir faire autre chose, Rima a suivi son cœur. Elle ne le regrette pas aujourd’hui. Ce “cordon bleu” d’origine ivoiro-libano-française est une citoyenne du monde qui s’est enrichie de son métissage même si, au Togo, on appelle péjorativement les métisses « yovo ». Bien au contraire, sa triple culture en fait une femme épanouie, équilibrée et riche en connaissances. Ce qui lui permet de s’adapter à une clientèle diverse et variée. Elle est métisse et elle l’assume, préférant être jugée sur ses compétences, sans se laisser distraire par ceux que sa couleur de peau complexe.

Pourtant, Rima Amer va faire quelques infidélités à la gastronomie avec son cursus en communication d’entreprise. Mais après 17 années de carrière dans ce milieu, l’appel des fourneaux revient à la charge. « Je suis revenue à ma passion et j’en vis. D’ailleurs, je ne le regrette pas », explique-t-elle. Même si elle avait déjà des prédispositions pour la cuisine, Rima s’est formée à son futur métier. Formation à distance, apprentissage, service traiteur bio, puis ouverture de ses propres restaurants à Abidjan, Les Délices de Rima et Le Gratte-ciel. Un troisième viendra compléter la série. Voici 7 ans qu’elle est dans l’art culinaire à titre professionnel.

Cependant l’abidjanaise convaincue qu’elle est va se retrouver au Togo. Par la magie de l’amour. « Je suis tombée amoureuse d’un Togolais ; et quand il m’a demandé de partir vivre avec lui à Lomé, je n’ai pas hésité. J’ai aimé le Togolais, puis le Togo, et je m’y sens bien désormais. Les Togolais sont très accueillants » Malgré une intégration un peu compliquée à cause de la barrière de la langue et de la différence culturelle, elle apprend à aimer le pays. Le Togo a beau être un pays francophone, tout le monde y parle le mina, une langue locale. Ce qui n’a donc pas été simple. La fin de son idylle amoureuse non plus. Mais la vraie battante qu’elle est surmonte les écueils pour se retrouver à la tête du restaurant de l’hôtel Ahoefa.

Son pedigree parlant pour elle, elle intègre dans le complexe hôtelier dont elle est aussi directrice. Telle une main de fer dans un gant de velours, Rima prend les commandes du restaurant. Mais elle commence par se comporter comme une maman. « Comme une mère, je félicite les employés quand ils travaillent bien, je les reprends lorsqu’ils font des bêtises. Se voir diriger par un bout de femme comme, métisse et étrangère à la fois, n’a pas forcément été bien ressenti au départ. Mais le management des équipes et mes connaissances m’ont permis de gagner leur confiance. Aujourd’hui, les choses se passent très bien » résume-t-elle. En plus, son côté boute-en-train met une excellente ambiance dans tout l’hôtel.

Rima Amer, chef-cuisinier

À la tête d’une brigade de 30 équipiers au restaurant, elle dirige au total un personnel de 70 personnes. Et chaque jour, ses mets régalent les papilles gustatives de ses clients. Sa vision mondiale de son métier en a fait le chantre de la cuisine “afropéenne”. C’est un concept qu’elle développe, dans lequel se marient les saveurs africaines et les particularités européennes. Et elle y tient : « Je ne voulais pas fusionner les deux gastronomies mais les associer. Mes recettes essaient de respecter ce schéma. Le gout africain et la finesse européenne permettent aux gourmets de se régaler chez nous. » Mais Rima ne se contente d’être chef, elle est aussi une pédagogue qui partage son savoir à son équipe. Elle ne veut pas des robots. Ce qui lui donne la possibilité de laisser ses équipiers exprimer leur inspiration. La plupart sont autonomes car bien formés.

Le tableau aurait été parfait si sa famille ne lui manquait pas. Mère de deux enfants vivant en France, Rima a parfois le spleen. Les enfants, les parents, elle ne peut pas toujours en profiter. Mais ne comptez pas sur elle pour se laisser bouffer par ses états d’âme ou sa solitude. C’est une vraie professionnelle qui sait faire la part des choses. Elle ne se voit pas partir de son job de sitôt, car elle s’y éclate. « J’ai aussi un patron avec qui je m’entends bien et qui me fait entièrement confiance », tient-elle à préciser. Sa carrière, elle y tient énormément !

C’est donc à juste raison qu’elle travaille d’arrache-pied pour l’obtention de la 5e étoile de l’hôtel qui en compte déjà 4. Elle œuvre aussi à son agrandissement. Côté cuisine, le concept de restauration afropéenne, elle veut en faire un concept gastronomique reconnu. Dans un coin de sa tête, Rima souhaiterait aussi étendre l’hôtel Ahoefa à toute l’Afrique occidentale, en faire une chaîne hôtelière de qualité. De nombreux projets sur lesquels elle travaille, sans oublier le quotidien. En vraie panafricaniste, Rima Amer veut que l’Afrique soit reconnue aussi pour sa gastronomie et son savoir-faire touristique. « Il est grand temps que nous puissions montrer à la face du monde toute notre richesse, historique, culturelle, sociétale et gastronomique. C’est à travers nos recettes que nous pouvons aussi raconter cette histoire de l’Afrique. Nous avons connu l’esclavage, la colonisation, le mondialisme, nous avons vécu sous tutelle durant de longues années. Il est temps justement que nous, qui avons eu la chance de connaitre à la fois la mentalité africaine et européenne, nous puissions refléter tout ça dans nos plats. » C’est aussi tout le bien que nous pouvons souhaiter à celle qui a fêté son anniversaire fin juillet dernier.

Malick Daho, à Lomé pour Diasporas-News