La vice-présidente de la Cour suprême du Kenya, arrêtée mardi pour des faits présumés d’enrichissement personnel, a obtenu mercredi une suspension de l’audience au cours de laquelle elle devait être formellement inculpée, a rapporté un journaliste de l’AFP.

Philomena Mwilu faisait partie des juges qui ont annulé la réélection du président Uhuru Kenyatta en août 2017, une décision historique qui avait provoqué l’organisation d’une deuxième présidentielle en octobre 2017, boycottée par l’opposition et remportée par M. Kenyatta.

La magistrate devait être formellement inculpée mercredi mais ses avocats ont saisi une juridiction supérieure, plaidé que les charges pesant contre leur cliente étaient anticonstitutionnelles et obtenu de la Haute Cour une suspension de la procédure pénale jusqu’au 9 octobre, le temps de trancher leur requête.

L’avocat principal de Mme Mwilu, James Orengo, un sénateur de l’opposition et avocat au rôle prédominant dans l’annulation de la première élection du président Kenyatta en août 2017, a dénoncé « une attaque contre le système judiciaire ».

« Ces charges ont été réunies non pas pour faire avancer la justice mais pour s’assurer du départ de la vice-présidente de son poste », a-t-il accusé.

Mardi, devant la presse, le directeur des poursuites publiques, Noordin Haji, avait assuré détenir la preuve que Mme Mwilu avait profité de sa fonction pour un enrichissement personnel et accepté de l’argent dans des circonstances douteuses. Elle est également accusée d’évasion fiscale.

M. Haji, répondant à la question d’un journaliste, avait ajouté que l’arrestation de Mme Mwilu n’était pas politiquement motivée. Peu après l’annulation de l’élection d’août 2017, le président Kenyatta avait publiquement menacé de « s’occuper » de la magistrature, une fois réélu.

« Nous sommes une institution indépendante et nous ne sommes dirigés par personne », a ainsi déclaré M. Haji.

Le président Kenyatta a récemment lancé une guerre contre la corruption dans son pays à l’économie dynamique mais miné par une culture de pots-de-vin et de malversations.

Depuis, de hauts responsables de l’Agence nationale pour la jeunesse, de la compagnie nationale d’électricité et l’ex-gouverneur de Nairobi ont été arrêtés et sont poursuivis pour des faits de corruption.