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Afrique Coupe du Monde : l’heure n’est plus à participer

Tribune — Football

Pendant trop longtemps, le football africain a célébré ses participations à la Coupe du Monde comme des victoires en elles-mêmes. Chaque qualification était vécue comme un accomplissement, chaque huitième de finale comme un exploit, chaque quart de finale comme un rêve devenu réalité. Mais à force de se satisfaire de ces étapes intermédiaires, l’Afrique a fini par installer une forme de plafond psychologique sur ses ambitions.

L’Afrique à la Coupe du Monde : changer de logiciel

Il est temps de changer de logiciel. Et la demi-finale du Maroc en 2022 au Qatar doit plaider pour cette ambition. L’objectif de l’Afrique à la Coupe du Monde ne doit plus être simplement d’y être présente. Il doit être de la gagner. Cette affirmation peut sembler audacieuse. Certains la jugeront irréaliste. Pourtant, aucune nation qui a marqué l’histoire du football n’a bâti son succès en se fixant des objectifs modestes. Les grandes puissances du football mondial ne participent pas à la Coupe du Monde pour faire bonne figure. Elles y vont pour soulever le trophée. Pourquoi l’Afrique devrait-elle penser différemment ? L’essentiel n’est plus de participer, mais de gagner.

Le talent africain existe déjà au plus haut niveau

Le continent ne manque ni de talent, ni de passion, ni de potentiel. Depuis des décennies, les joueurs africains brillent dans les plus grands clubs européens. Ils remportent des championnats, des Ligues des champions, des distinctions individuelles. Ils sont parmi les meilleurs à leur poste. Pourtant, lorsque vient le moment de représenter leurs nations, le discours change. Les ambitions se réduisent. On parle de sortir des poules, d’atteindre les huitièmes ou de réaliser un « parcours honorable ». C’est insuffisant.

Le Maroc 2022, la preuve que l’Afrique peut rivaliser

Le parcours historique du Maroc lors de la Coupe du Monde 2022 a démontré qu’une sélection africaine pouvait rivaliser avec l’élite mondiale. En atteignant les demi-finales, les Lions de l’Atlas ont fait tomber plusieurs barrières mentales. Ils ont prouvé qu’une équipe africaine pouvait battre des nations européennes majeures, gérer la pression des grands rendez-vous et s’inviter parmi les quatre meilleures équipes du monde. La prochaine étape n’est donc plus d’atteindre les demi-finales. Elle est de jouer une finale. Puis d’en gagner une.

Miser sur les grands championnats européens

Pour cela, l’Afrique doit assumer pleinement une réalité : le très haut niveau se construit dans le très haut niveau. Les sélections africaines qui nourrissent de grandes ambitions doivent pouvoir compter sur un noyau important de joueurs évoluant dans les championnats les plus compétitifs du monde. La Premier League, la Liga, la Bundesliga, la Serie A ou encore la Ligue 1 française offrent un environnement où l’exigence est quotidienne. Les joueurs y développent une culture de la victoire, une maîtrise tactique et une expérience des grands rendez-vous qui deviennent précieuses en sélection.

Ce constat n’est pas une critique du football africain local. Au contraire, les championnats nationaux doivent continuer à se développer et à former les talents de demain. Mais la réalité actuelle du football mondial est que les futurs champions du monde évoluent majoritairement dans les meilleures ligues de la planète. L’Afrique ne peut ignorer cette évidence si elle veut franchir le dernier palier.

En finir avec le discours paternaliste sur l’Afrique

Plus encore, l’Afrique doit cesser d’accepter les récits limitants qui entourent ses performances. Chaque édition de la Coupe du Monde est souvent accompagnée d’un discours paternaliste : « l’Afrique progresse », « l’Afrique apprend », « l’Afrique se rapproche ». Comme si le continent était condamné à être éternellement l’élève du football mondial. Or, les élèves d’hier sont parfois les maîtres de demain.

L’histoire du sport est remplie de nations qui ont osé viser plus haut que ce que les observateurs leur accordaient. Elles ont été moquées avant d’être admirées. L’Afrique doit désormais entrer dans cette catégorie. Elle doit regarder les champions du monde dans les yeux et considérer leur succès non comme un modèle inaccessible, mais comme un objectif atteignable : participer est un privilège, compétir est une obligation, gagner doit devenir une obsession.

L’Afrique n’a plus besoin d’une place à la table des grands. Elle y est déjà. Le moment est venu de réclamer le trophée.


Malick Daho

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