vendredi, décembre 9, 2022
AccueilMondeAfriqueInvité du mois: Président de la Cellule de communication de la présidence...

Invité du mois: Président de la Cellule de communication de la présidence de la RD Congo

Journaliste et Directeur de la cellule de communication du président congolais depuis le 5 mars 2021, en remplacement de Lydie Omanga, Erik Nyindu Kibambe rassure la diaspora congolaise quant à la volonté du président de ramener la paix dans les zones émaillées de conflits, notamment dans l’est. 

« Le Congo a des preuves du soutien du Rwanda au groupe terroriste du M23 ».  

Diasporas- News : Vous dirigez la cellule de communication de la présidence de la République de la RD Congo, depuis mars 2021. Quel bilan faites-vous de vos activités ?

Erik Nyindu Kibambe : Je dirige effectivement cette cellule depuis le 5 mars 2021. La première chose est que c’est un grand honneur et une grande fierté que le président Félix Tshisekedi ait jeté son dévolu sur moi, m’ait choisi pour animer, organiser et réorganiser sa cellule de communication ; Il faut comprendre d’où cela vient.

D- N : Dites-nous d’où cela vient…

E.N.K : Cela vient d’une nécessité pour le chef de l’État de remettre de la cohérence en ses services de communication et de presse qui avant étaient deux services. L’un concernant la communication, dirigé par la très compétente Lydie Omaga et l’autre, le service presse, dirigé par le non moins compétent Abraham Lokobouanga. Lydie ayant été nommée à la RTPC, Abraham a fait un pas de côté. Moi, je dirige les deux services réunis en un seul et qui s’appelle maintenant la cellule de communication qui comprend à la fois du travail de gestion de la presse et de la communication.

D- N : Revenons au bilan mi- parcours …

E.N.K : Ce que je peux dire, c’est que ma première tâche selon l’ordonnance signée par le chef de l’État et qui décrit bien ma mission. La presse, c’est gérer les relations de la présidence et du président, tant nationale qu’internationale. Faire de la couverture de ses activités, diffuser cela à la presse, faire la promotion de sa vision auprès de la presse. La communication est par contre un travail d’influence ou de contact avec les forces vives de l’opinion pour essayer de surveiller les opinions publiques et essayer de faire en sorte que l’image du chef de l’État soit bonne. On doit donc la gérer, la surveiller, ajuster quand il faut et corriger quand cela est nécessaire. Voici mon travail. C’est un travail colossal car je le fais seul.

D- N : Est-ce un bon choix ?

E.N.K : C’est un bon choix car il fallait plus de cohérence entre un travail quotidien de la presse et le travail de communication qui est plus stratégique, à moyen et long terme. Là, nous travaillons dans un contexte culturel où la population congolaise est plus habituée à de la propagande qu’à de la communication : Il y a une nuance entre les deux. La propagande est une modalité de la communication en temps électoral. Pendant la période pré-électorale, électorale et c’est à ce moment qu’on mobilise nos troupes. Et on y va à fond. Au niveau de la communication, on essaie d’influencer les adversaires ou les indécis, de séduire la population. Dans un contexte où il y a cette confusion, il fallait travailler pour faire comprendre aux gens ce que s’est d’abord la communication. Celle-ci nécessite beaucoup de moyens. Ceux-ci viennent petit à petit. Il fallait aussi avoir une culture du chiffre, de l’objectivation. C’est très important.

D- N : Pourquoi ?

E.N.K : On peut affirmer que le président n’est pas soutenu car on a vu un ou deux tweets qui le critiquent. On peut aussi dire le contraire parce qu’on a vu un ou deux tweets le soutenant. Mais ce n’est pas cela. Si dans les pays développés, il y a des sondages tous les jours, c’est parce que cela est important. Le sondage est une photographie de l’opinion publique et la force d’un sondage, c’est la tendance sur une période. J’essaie donc d’amener cette culture du sondage car il nous faut des outils pour le faire. C’est un boulot formidable car je travaille avec un homme ouvert, il écoute ses collaborateurs. Ce n’est pas un président qui donne des ordres. On peut ne pas être du même avis. Il écoute mes arguments et décide. Il écoute et il tranche. Mais il y a toujours cette marge d’échanges intellectuels avant la décision. Avec un tel président, vous avez l’impression d’être valorisé, écouté. S’il m’a pris, c’est pour lui apporter quelque chose et non pour être un béni oui oui.

D- N : Dans le cadre de la coopération RD Congo-UK, Félix Tshikesedi a eu un tête-à-tête avec le roi Charles III. Que retenir ?

E.N.K : Pour être précis, il y a eu une audience accordée par le roi Charles III au président Tshikesedi, venu avec une délégation restreinte de quatre personnes. Cela s’est passé à Londres. C’était une rencontre très importante car c’était la première fois que le roi Charles III  reçoive un chef d’État africain après son intronisation. Ils se sont découverts tous les deux une passion pour la préservation de l’environnement car le roi Charles III a toujours eu une passion pour la défense de l’environnement. De ce point de vue là, le président Tshisekedi lui a exprimé sa vision, du fait que le Congo est aujourd’hui un pays solution.

D- N : Que voulez-vous dire ?

E.N.K : Le Congo apporte la réponse dont a besoin l’humanité pour à la fois traiter deux aspects du danger du réchauffement climatique. L’aspect atténuation de la température exige qu’on absorbe le carbone. La forêt du bassin du Congo dont 80% se trouve en RDC joue donc un rôle essentiel. C’est le premier poumon de la planète. Une responsabilité aussi au niveau de l’adaptation car aujourd’hui, si on veut ne pas réchauffer, il faut que l’industrialisation de l’Afrique, l’industrialisation de la technologie vient en aide au monde pour que le développement se fasse sans empreinte carbone, sans utiliser les énergies fossiles et on a besoin d’énergie. Là, on passe à l’électrique. Et pour faire l’électrique, on a besoin de batteries électriques produites à partir du cobalt, du manganèse, du nickel … Et cela se trouve au Congo qui détient 70 % des réserves mondiales actuellement connues au monde. Le Congo est un pays clé et le roi Charles III a dit qu’il apporterait son appui au président Tshisekedi pour affirmer le leadership du Congo. Le Congo est très conscient de sa responsabilité et c’est cela qu’on essaie de trouver la bonne équation pour garder et assumer notre responsabilité et aider notre peuple à se développer.

D- N : Concernant l’ouverture du Congo vers les nations occidentales, pensez-vous qu’elle s’impose ?

E.N.K : Elle ne s’impose pas. Rien ne s’impose. Comme on le dit, le Congo a la diplomatie de sa géographie. La première diplomatie du Congo, c’est d’abord envers ses voisins. Le Congo est un grand pays qui a neuf voisins. Il a besoin d’une bonne politique de voisinage, ce que le président Tshisekedi a lancé dès son arrivée au pouvoir. Même ceux avec qui il y avait eu des conflits, je veux parler du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi. Le Congo, c’est donc la diplomatie du voisinage. C’est pour cela que nous sommes dans les organisations sous-régionales, la Communauté des pays des Grands Lacs, la Communauté des États d’Afrique central, la SADEC, la Communauté d’Afrique de l’Est… Nous sommes dans cette multitude de communautés car le Congo est un pays pivot, au centre de l’Afrique. Pour répondre à votre question, on n’est pas obligé de travailler avec l’Occident. Nous travaillons ensemble car il y a des partenariats. Ces partenariats sont gagnants-gagnants que ce soit avec l’Occident ou avec la Chine.

D- N : La situation dans l’Est du Congo devient très préoccupante. Ne craignez-vous pas le pire ?

E.N.K : La situation ne devient pas préoccupante. Elle l’est. Cela fait 25 ans qu’on tue à l’Est du Congo. Cela fait 25 ans que notre peuple est meurtri, violé dans l’indifférence de la communauté internationale. Félix Tshisekedi a décidé de prendre les choses en main d’aller voir ses voisins avec son bâton de pèlerin dès le début de son mandat en 2019.

Il a même appelé le président Paul Kagamé, mon frère. Il a fait un voyage à Kigali. Kagamé s’est rendu à Goma. Malheureusement depuis l’année dernière, le M23 a recommencé ses attaques. Ils occupent depuis une centaine de jours, la ville frontalière de Bunagana en RD Congo. Le Congo a des preuves évidentes du soutien du Rwanda au groupe terroriste du M23. La question qui se pose est que le Rwanda doit avoir la bonne foi pour essayer de résoudre ce problème. Félix Tshisekedi privilégie pour l’instant la voie diplomatique mais si elle échoue nous n’aurons plus que la voie du conflit armé et ce sera une décision malheureuse car depuis 25 ans il y a la guerre, la violence, de l’insécurité dans cette région. Ce sera malheureusement de l’insécurité qui s’ajoutera encore à de l’insécurité. C’est pour cela que le président Félix Tshisekedi met en garde les pays occidentaux en disant qu’ils sont aussi concernés.

D- N : Comment ?

E.N.K : Lorsqu’il y aura une guerre, ils viendront dire qu’il y a la guerre et qu’il faut que la MONUSCO vienne… Nous sommes déçus du travail de la MONUSCO. Certainement qu’elle n’avait pas de moyens… A quoi sert-elle ? Pour résoudre le problèmes des groupes armés et du M23, il y a deux processus articulés :

Le processus de Nairobi où on a appelé les groupes armés à déposer les armes et à entrer dans un processus de démilitarisation, démobilisation et de réinsertion sociale. Ceux qui acceptent de faire ça, on leur tend la main. Pour les autres, il y aura une force d’intervention de la Communauté d’Afrique de l’Est qui va se déployer sur place. Les Burundais, les Kényans, les Tanzaniens, les Ougandais viendront. Seuls les Rwandais seront absents, car le président Félix Tshisekedi a refusé qu’ils soient là. On ne va pas non plus prendre les instigateurs du problème et les faire rentrer dans la bergerie.

Après, il a la feuille de route de Luanda dans le cadre de la Communauté des Grands lacs (où l’Angola sert d’intermédiaire). À ce niveau, on parle de la relance de la commission mixte Congo-Rwanda. Il s’agit de mettre en place un mécanisme de contrôle pour ne plus que les uns accusent les autres de laisser passer des rebelles.

Par rapport à tout cela, on demande à nos partenaires de l’aide pour financer cela. Vaut mieux donner de l’argent pour prévenir la paix que d’attendre la catastrophe et envoyer des ONG. On connaît le scénario…

Le Congo exige du Conseil de sécurité de l’ONU qu’il diffuse ou qu’il mette à la disposition du conseil de sécurité de l’ONU, le rapport fait au mois d’août 2022 sur l’insécurité à l’Est du Congo.

D- N : Pour quelles raisons ?

E.N.K : Dans ce rapport, il y a des preuves tangibles du soutien du Rwanda au M23. L’ONU a les preuves et ce rapport doit être publié pour qu’on en discute et qu’on sache réellement ce qui se passe là-bas et qu’on trouve une solution adéquate. Ce sont les demandes claires du Congo pour que les choses avancent.

D- N : Aujourd’hui, quel est l’état de vos relations avec le Rwanda ?

E.N.K : Elles ne sont pas très bonnes après une analyse claire de la situation. Mais il faut préciser que nous ne sommes pas en guerre avec le Rwanda. Le dialogue diplomatique est toujours maintenu, par l’intermédiaire d’un tiers de confiance (via l’Angola, via nos partenaires de l’ East Africa Community , via le Président Macron à New york qui a organisé une rencontre avec les deux Présidents , Espérons que cela portera des fruits.

D- N : L’intervention de l’Église peut-elle être une solution ?

E.N.K : L’intervention positive de toute institution est la bienvenue. Si l’église peut le faire, oui mais simplement ce qui serait intéressant est que cela ne soit pas un processus de plus.

Avez-vous un message pour  la diaspora congolaise ?

Je voudrais dire à la diaspora qu’elle doit croire au Congo. Croyez en votre pays. Ce pays est le vôtre. Ce pays appartient à ceux qui aiment le Congo. Si vous aimez votre pays, il faut revenir au Congo, pas nécessairement pour s’y installer tout de suite. Il faut revenir pour observer, pour voir… C’est un pays à immense potentiel et aujourd’hui nous avons la chance d’avoir à la tête de ce pays un président qui veut justement rendre ce potentiel qu’on crée. En trois ans, Félix Tshisekedi a triplé carrément (presque quadruplé) le budget national, passant à des solutions communes. En effet, ces violences à l’est de la RDC sont aussi nuisibles à nos voisins qu’à nous. La déstabilisation de la RD Congo, les trafics, les mafias créent des groupes armés… Tout cela ne profite qu’à quelques mafieux.

Le président congolais a approché son homologue rwandais, ça a bien marché. Il a fait le déplacement à Kigali, Kagamé est venu à Goma. Mais depuis l’an dernier, le M23 a commencé les hostilités et ils occupent depuis une centaine de jours la ville frontalière de Bunagana en RDC. Le Congo a des preuves évidentes du soutien du Rwanda au groupe terroriste du M23. La question qui se pose est que le Rwanda doit avoir la bonne foi pour régler ce problème. Le Congo privilégie pour l’instant la voie diplomatique. Si elle échoue, nous n’aurons plus que la voie du conflit armé. Et ce sera une décision qui s’imposera mais elle sera malheureuse. Félix Tshisekedi met aussi en garde les pays occidentaux.

Pourquoi ?

Ils sont aussi concernés car lorsqu’il y aura une guerre, c’est eux qui voudront faire venir la MONUSCO. Dès le début de son mandat en 2019, le président congolais a pris son bâton de pèlerin, a parlé avec eux, et a adhéré à la communauté de l’Afrique de l’Est…

Interview réalisée par Thomas DE MESSE ZINSOU

 Paru dans Diasporas-News N° 140 

RELATED ARTICLES

Most Popular

Recent Comments