samedi, septembre 18, 2021
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Des féministes ivoiriennes saluent la condamnation d’un animateur vedette pour “apologie du viol”

La condamnation d’un animateur vedette de télévision en Côte d’Ivoire à un an de prison avec sursis pour “apologie du viol”, a été saluée jeudi comme un premier “signal fort” par des féministes qui estiment néanmoins qu’il faut aller plus loin.

L’animateur, Yves de M’Bella, qui avait invité lundi dans son émission un ex-violeur à montrer à l’aide d’un mannequin comment il abusait de ses victimes, a également été condamné mercredi en comparution immédiate à deux millions de FCFA (3.000 euros) d’amende et s’est vu signifier l’interdiction de quitter Abidjan.

Son attitude désinvolte et complaisante à l’égard de l’ex-violeur, condamné lui à deux ans de prison ferme, avait immédiatement suscité l’indignation sur les réseaux sociaux. Une pétition réclamant des sanctions a récolté près de 50.000 signatures en deux jours.

Bénédicte Joan, présidente de l’association Stop au chat noir qui vient en aide aux victimes de viol, a reconnu qu’il “y a eu un effort louable de la justice qui a agi rapidement”, mais elle a regretté le sursis pour M. de M’Bella “qui n’ira pas en prison”, ainsi que le faible montant de l’amende.

Elle aurait en outre souhaité que soit ordonné le versement “de dommages et intérêts” aux associations de défense des droits de la femme et d’aide aux victimes de violences sexuelles.

“Pour une fois, il y a une réaction assez forte de l’opinion publique et de la justice”, note de son côté Désirée Dénéo, secrétaire générale de la Ligue ivoirienne des droits des femmes (LIDF).

– “passer le cap du silence” –

“On voit un signal fort, ça prouve qu’il y a des choses qu’on ne peut plus laisser passer, que le viol n’est pas toléré”, ajoute-t-elle. “Ca participe à la sensibilisation qu’on ne cesse de faire chaque jour”, “ça ouvre le débat sur le viol dans la société ivoirienne” et “ça permet à ces femmes (victimes) de ne pas se sentir seules et de pouvoir passer le cap du silence”.

Mais la LIDF, qui vient en aide psychologiquement et juridiquement aux victimes de violences sexuelles et recense en moyenne cinq cas de violences faites aux femmes et deux cas de viol par jour, estime qu’il faut aller plus loin.

“On a plein de dossiers au niveau de la LIDF qui n’ont jamais abouti”, affirme Mme Dénéo qui souligne que depuis lundi, “la boîte Messenger de la Ligue a explosé avec les témoignages de femmes victimes de viols”.

“En deux ans, ce sont 500 cas de violences allant du harcèlement à la pédocriminalité, en passant par le viol et les violences conjugales, que nous avons eu à traiter”, dit-elle.

En outre, elle “espère qu’il y aura une réaction de l’ordre des médecins de Côte d’Ivoire et du ministère de la Santé concernant le certificat médical qui n’est pas gratuit pour les victimes de viol”.

Ces victimes doivent actuellement débourser 50.000 FCFA (76 euros) pour l’obtenir.

– “Faute collective” –

Jacqueline Seuyanou Gueu, conseillère de l’ONG Kwaan’na qui aide les femmes victimes de violences dans l’ouest de la Côte d’Ivoire se réjouit également de la condamnation de Yves de M’Bella.

“C’est déjà un grand pas, parce que ce n’est pas n’importe qui, mais c’est insuffisant car il n’a pas travaillé seul”, dit-elle. “C’est la chaîne qui est en faute et elle doit aussi être sanctionnée parce que derrière cette émission il y a toute une équipe”.

La Nouvelle chaîne ivoirienne (NCI – privée) qui a diffusé l’émission de M. de M’Bella s’est excusée, mais elle n’a pas été poursuivie, la Haute autorité de communication audiovisuelle (Haca) se contentant de l’inciter à faire preuve de “vigilance” dans sa programmation.

Yves de M’Bella paie “le prix d’une faute collective”, note le quotidien Le Réveil, proche du principal parti d’opposition ivoirien, car “dans le milieu du journalisme et des médias, l’éditeur est responsable de ce qu’il diffuse”.

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