Cameroun — Politique
L’annonce d’un nouveau gouvernement camerounais par Paul Biya (93 ans, dont 44 ans de magistrature suprême) semble ne plus relever des priorités présidentielles depuis la fin de l’année dernière. Une situation inédite depuis 1992, diversement vécue et interprétée, à l’entame d’un septennat au cours duquel le chef de l’État a promis une place importante aux jeunes et aux femmes.
Un nouveau gouvernement promis depuis fin 2025
Le 31 décembre 2025, lors de son message de fin d’année, puis à la faveur de son adresse à la jeunesse le 10 février 2026, le président camerounais Paul Biya a solennellement promis la formation d’un nouveau gouvernement. Un mode opératoire inédit pour le locataire du palais de l’Unité.
Depuis lors, les Camerounais continuent d’attendre et restent dans l’expectative. Jusqu’à quand ? À en croire des témoignages de première main, cette longue attente n’est pas sans conséquence sur l’exécutif : de nombreux ministres jouent la prudence dans le traitement des dossiers relevant de leurs sphères de compétences, par peur de l’inconnu.
Les obstacles à la formation du nouveau gouvernement
Pour Aristide Menguélé, professeur à l’Université de Douala, Paul Biya est confronté à plusieurs difficultés. D’abord, celle de réaliser un casting optimal, du fait de l’épuisement d’une ressource politique cruciale en matière de décision stratégique : l’information. Ensuite, des enjeux de rupture, avec en toile de fond une équation délicate : comment rompre sans compromettre l’équilibre déjà fragile de la société politique camerounaise ? Enfin, la tension entre une jeune génération volontaire pour poursuivre l’implémentation du Renouveau, et au besoin l’ajuster, et des « aînés » sociaux qui semblent s’interroger sur leur propre avenir politique.
En attendant, plusieurs ministres assurent leur visibilité à travers les médias, privés et publics, en donnant un large écho à leurs activités classiques.
Une attente qui fragilise la crédibilité du pouvoir
Pour des analystes, différer l’échéance d’un remaniement ne joue pas en faveur du pouvoir. « Cette temporalité dilatée, en contradiction avec des promesses solennelles, fragilise la crédibilité de la parole publique et nourrit chez les citoyens un sentiment d’usure, voire de désaffection, pour qui l’absence de gouvernement devient le symptôme d’un pouvoir qui se reproduit plus qu’il ne se renouvelle », explique Paul-Aarons Ngomo, universitaire, enseignant de philosophie et sciences politiques aux États-Unis.
À quoi ressemblera le nouveau gouvernement camerounais ?
Une forme de gouvernement d’union nationale ne serait pas à écarter, principalement en raison de l’important score de 35 % obtenu par l’opposant Issa Tchiroma Bakary, qui aurait décliné le poste de Premier ministre.
Paul Biya, de son côté, lors de son discours de fin d’année, s’est voulu diplomate en plaidant pour un renforcement du multilatéralisme à l’échelle internationale.

