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Africa CEO Forum 2019 : Les africains s’unissent face à la concurrence internationale

La 7ème édition de l’Africa CEO Forum, du 25 au 26 Mars à Kigali (Rwanda), a été un franc succès. Le rendez-vous des décideurs et financiers du secteur privé africain a réuni 1800 personnes autour du thème « Faire de l’intégration économique africaine une réalité » et accéléré le mouvement d’intégration régionale dont tout le monde rêve. Objectif affiché, former une zone économique de libre-échange continentale (ZLEC).

 « Le Rwanda, pays à la fois francophone et anglophone, dont le dynamisme économique et le modèle de développement (axé sur l’éducation, l’innovation et la performance) sont le parfait reflet des valeurs de l’Africa CEO Forum ». Ces propos sont d’Amir Ben Yahmed, fondateur et président d’Africa CEO Forum, qui a lancé à Kigali le septième rendez-vous de transformation du secteur privé autour des projets d’infrastructures transfrontaliers. 

Il y a un an, en effet, 44 pays annonçaient leur intention de former ensemble la Zone économique de libre-échange continentale (ZLEC). Depuis, 21 états l’ont ratifiée. Toutefois, la mise en place effective de ce projet d’envergure coince encore en raison de la « politique », regrette encore le Chef d’Etat Rwandais Paul Kagamé. Et la présidente éthiopienne, Sahle-Work Zendé, très déterminée d’affirmer lors de l’ouverture des débats : « les frontières africaines, héritées de la colonisation, sont artificielles. Il nous faut parvenir à les dépasser ».

Organisé par Jeune Afrique Media Group, éditeur de Jeune Afrique et deThe Africa Report, et par Rainbow Unlimited, société suisse spécialisée dans l’organisation d’évènements de promotion économique, l’Africa CEO Forum a soutenu, une fois encore, les rencontres et courants d’affaires entre chefs d’entreprise issus de tout le continent. Le choix du Rwanda n’était pas fortuit puisque ce pays constitue une véritable porte d’entrée sur un marché régional de plus de 150 millions de personnes. Se situant au confluent de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique centrale, le Rwanda est également devenu une nation qui séduit par son mode de développement.

Les entraves encore importantes à la libre-circulation des personnes devront être dépassés pour que la fameuse zone de libre-échange continentale devienne réalité. C’est un préalable. Ainsi, le Nigérian Abdulsamad Rabiu, patron du conglomérat BUA Group, a expliqué que son pays prenait son temps pour rejoindre la ZLEC du fait de l’expérience difficile des mises en œuvre d’accord semblables à l’échelon Afrique de l’Ouest, parfois défavorables aux groupes nigérians, concurrencés par les importateurs. La présence de l’Ivoirienne Massogbé Touré Diabaté, patronne de Sita n’est pas passée inaperçue. En effet, sa structure est l’un des premiers transformateurs ivoiriens de noix de cajou.

Comme eux, plusieurs autres personnalités de premier plan confirmées ont rythmé les débats. Nous pensons à Jim Ovia (Fondateur et président de Zenith Bank), Nadia Fettah (DG de Saham Finances), Tewolde GebreMariam (PDG d’Ethiopan Airlines), Christina Foerster (PDG de Brussels Airlines) ou encore de Diane Karusisi (PDG de Bank of Kigali).

La Vice Présidente Exécutive de Globacom a présidé une session sur les « Femmes dans le monde des affaires » le jour d’ouverture du forum. Elle a appelé à une plus grande parité des sexes dans les conseils d’administration des entreprises et a applaudi la politique du Rwanda qui dicte une représentation de 50 % de femmes en tant que figures d’exemple.

A travers une quarantaine de panels, de témoignages, de groupes de travail thématique et plusieurs études de cas, ces dirigeantes et dirigeants d’entreprises ont pris à bras le corps la plupart des sujets abordés. C’est-à-dire le potentiel de croissance de l’industrie touristique, la bancarisation à l’ère du digital, les marchés régionaux de l’agrobusiness ou encore la gouvernance des entreprises familiales.

Vers le marché commun africain

Faure Gnassingbé, président du Togo, par exemple, a présenté son Plan National de Développement 2018-2022 devant un parterre d’investisseurs venus d’Afrique et du monde entier. Autre grand invité d’Africa CEO Forum 2019, Félix Tshisekedi. Le nouveau président congolais y a présenté son plan de relance économique face aux défis représentés par la diversification d’une économie trop dépendante du secteur minier, le développement des infrastructures et de l’agriculture ou encore la lutte contre le chômage de masse.

Le cas du Maroc a interpellé. Si le royaume chérifien reste le premier investisseur en Afrique de l’Ouest, et le deuxième à l’échelle du continent, il attire très peu les capitaux africains. C’est la raison pour laquelle une session a été organisée au CEO Forum pour mieux vendre la destination aux investisseurs du continent. Durant cette session, Mohcine Jazouli, Ministre délégué chargé de la coopération africaine, a regretté que les échanges entre pays africains soient encore réduits. Pour sa part, le premier ministre ivoirien, Amadou Gon Coulibaly a participé à divers forums dont un sur la promotion des investissements en Côte d’Ivoire. Il a ainsi invité les 700 financiers présents à saisir les opportunités d’affaires offertes par la Côte d’Ivoire.

Clairement, l’objectif de faire avancer la création du marché commun africain a sauté aux yeux lors de cette 7ème édition de l’Africa CEO Forum. Saluant le travail remarquable mené par le groupe Jeune Afrique à Kigali, le Président Rwandais a rassuré : « la zone de libre-échange est sur le point d’entrer en vigueur. Cependant, comme nous le savons tous, c’est là que commence le travail ardu ». Mais plus que tout, on retiendra du message de Kagamé sur le changement de mentalité. « Le facteur clé dans tout cela reste la mentalité. Le changement de mentalité est-il coûteux ? Je ne pense pas. La mentalité n’a pas de prix mais rien n’a plus de valeur ». A-t-il fait allusion à l’Ouganda voisin où des containers restent bloqués malgré l’accord des autorités et où le Rwandais n’est plus désiré ? Possible. Bref, créer ce marché commun nécessite une harmonisation des politiques intérieures, avec pour les nations, la réduction des recettes douanières.

Plus grand rendez-vous des décideurs et financiers du secteur privé africain, l’Africa CEO Forum a révélé la dizaine de pays les plus attractifs du continent : Côte d’Ivoire, Rwanda, Kenya, Ethiopie, Afrique du Sud, Ghana, Maroc, Nigeria, Sénégal et Tunisie.

Coura SENE, envoyée spéciale à Kigali, paru dans le Diasporas-News n°105 d’Avril 2019

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