La publication depuis fin janvier de plus de trois millions de documents par le département américain de la Justice continue de dévoiler l’ampleur internationale du réseau de Jeffrey Epstein. Si l’affaire reste centrée sur les États-Unis et l’Europe, plusieurs personnalités africaines apparaissent dans les correspondances, emails et projets évoqués dans ces archives.
Le continent africain n’est pas épargné par la tentaculaire toile d’influence tissée par l’Américain Jeffrey Epstein. Les millions de documents publiés à ce jour par le département américain de la Justice ont notamment dévoilé des liens entre Jeffrey Epstein et Karim Wade.
En effet, les dossiers publiés ont révélé le rôle d’entremetteur joué par Jeffrey Epstein entre Karim Wade, fils de l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade et Nina Keita. Les documents publiés ne permettent pas de connaître la nature de la relation qui finira par se nouer entre les deux. Ils indiquent en revanche le rôle que joue la nièce du président Ouattara ainsi que Jeffrey Epstein dans les démarches entreprises autour de la libération de Karim Wade, condamné en 2015 à six ans de prison pour enrichissement illicite.
Karim Wade, ancien ministre sénégalais de 2009 à 2012, cherche au moment de sa condamnation à mobiliser son réseau international. Le consortium Organized crime and corruption reporting project (OCCRP) nous apprend qu’il demande alors à Jeffrey Epstein de l’aide pour obtenir sa liberté et améliorer son image. En septembre 2015, une collaboratrice du responsable sénégalais contacte Jeffrey Epstein et lui demande de financer une campagne de lobbying auprès de personnalités influentes aux États-Unis et à l’ONU. Dans un email cité par l’OCCRP, elle précise : “Le coût total pour 3 mois serait de 100.000 dollars américains et ils sont prêts à commencer dès aujourd’hui.”
L’OCCRP précise que des documents indiquent que la somme a bien été versée. Ces 100.000 dollars ont transité par le compte bancaire de Nina Keita, l’intermédiaire dans l’opération. Une facture provenant de l’avocat sénégalais de Karim Wade a également été adressée à la société d’investissement de Jeffrey Epstein, Southern Trust Company, le 29 mai 2014, révèle l’OCCRP. La facture mentionne une “assistance juridique dans le cadre du suivi des opérations et des investissements”.
Pour aider Karim Wade, Jeffrey Epstein a également activé ses contacts à l’international. En 2015, il sollicite Thorbjörn Jagland, alors secrétaire général du Conseil de l’Europe, pour la possibilité d’un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), selon l’OCCRP. L’année suivante, en avril, un associé du cabinet de lobbying Nelson Mullins écrit à Jeffrey Epstein après une réunion au département d’État américain : “Mon contact œuvre en coulisses pour faire pression sur Macky Sall et son administration (…). Notre ambassadeur nous apporte son aide”.
Hasard du calendrier ou résultat de ces pressions, en juin 2016, le président Macky Sall accorde une grâce à Karim Wade, qui quitte le Sénégal pour le Qatar. « Merci pour tout ce que vous avez fait pour lui !!!! », écrit Nina Keita à Jeffrey Epstein à la sortie de prison de Karim Wade. Aucune poursuite judiciaire visant Karim Wade n’a été engagée aux États-Unis dans le cadre de l’affaire Epstein. Ni la présidence ivoirienne ni Nina Keita n’ont donné suite aux sollicitations du Monde pour un commentaire.
Un autre responsable africain est cité une trentaine de fois dans les dossiers Epstein. Il s’agit de l’ancien président du Zimbabwe, Robert Mugabe. Son nom est cité dans un échange de mails entre Jeffrey Epstein et un entrepreneur japonais nommé Joichi Ito, en juin 2015.
Dans cette discussion avec le Japonais, l’homme d’affaires américain lance l’idée de proposer au président zimbabwéen “une nouvelle monnaie / économie”, après l’effondrement du dollar local. « Je peux facilement attirer son attention”, affirme à son interlocuteur Jeffrey Epstein, qualifiant le Zimbabwe « d’excellent terrain d’expérimentation ». Aucun élément dans les documents publiés ne montre qu’une telle initiative ait été concrétisée. La famille de l’ex-président zimbabwéen n’a pas réagi. Apparaître dans les dossiers Epstein ne signifie pas qu’une infraction a été commise.
M.I.B.

