La Nigériane Okonjo-Iweala et la Coréenne Yoo seules en lice pour diriger l’OMC

La Coréenne Yoo Myung-hee et la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala en juillet 2020 à Genève afp.com - Fabrice COFFRINI
La Coréenne Yoo Myung-hee et la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala en juillet 2020 à Genève afp.com - Fabrice COFFRINI

Deux femmes – la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala et la Coréenne Yoo Myung-hee – restent seules en lice dans la course pour le poste de chef de l’Organisation mondiale du commerce.

Le deux noms ont été annoncés officiellement jeudi en fin de matinée, par le porte-parole de l’OMC, Keith Rockwell, au siège de l’organisation à Genève, sans grande surprise, les noms circulaient depuis la veille et lundi les deux femmes avaient eu un soutien de grand poids, celui de l’Union européenne.

L’OMC, qui est engluée dans une profonde crise notamment à cause des violentes attaques de l’administration Trump, a jusqu’à présent toujours été dirigée par des hommes.

Le troisième round de discussions, qui devra départager les deux prétendantes, courra du 19 au 27 octobre, “pour laisser le temps aux membres de préparer leurs réponses”, a expliqué M. Rockwell, qui estime que le processus est toujours “sur les rails” pour arriver à un consensus à la date butoir du 7 novembre.

Liam Fox, ancien ministre du Commerce extérieur britannique, pro-Brexit, la candidate kényane Amina Mohamed et le Saoudien Mohammed Al-Tuwaijri ont retiré leur candidature, comme le veut la tradition.

– Femmes d’expérience –

Ces deux femmes “sont particulièrement qualifiées”, a souligné M. Rockwell, ajoutant que ce sont “des personnes avec beaucoup d’expérience et qui ont l’habitude de traiter de sujets épineux”.

Mme Ngozi Okonjo-Iweala, 66 ans, a été la première femme de son pays à avoir dirigé les ministères des Finances et des Affaires étrangères. Economiste de formation elle a également été directrice des opérations de la Banque mondiale.

Jusqu’à très récemment elle a aussi présidé l’Alliance mondiale pour les vaccins et vaccinations (Gavi) et piloté l’un des programmes de l’Organisation mondiale de la santé dans la lutte contre le Covid-19.

La ministre de l’industrie et du commerce nigériane, Mariam Katagum, s’est félicitée du choix et a souligné dans un communiqué que “les qualités et l’expérience du Dr Iweala dans la gestion de dossier multilatéraux, la facilitation du commerce tout comme dans la négociation d’accords avec de forts enjeux politiques font qu’elle est très bien placée”.

“Je suis profondément reconnaissante et honorée d’avoir été sélectionnée pour le dernier tour”, a tweeté Yoo Myung-hee, 53 ans. “Il nous faut un nouveau dirigeant capable et expérimenté qui puisse restaurer la confiance et rendre sa pertinence à l’OMC”, a ajouté celle qui a été la première femme de son pays à avoir dirigé le ministère du Commerce.

Elle a pris en charge en 1995 le dossier OMC au ministère du Commerce puis dirigé les négociations sur des accords de libre-échange, notamment celui liant la Chine à la Corée du Sud. Elle a également travaillé auprès de l’ambassade sud-coréenne en Chine (2007-2010).

– Lourde tâche –

L’une de ces deux femmes devrait donc succéder au Brésilien Roberto Azevedo, parti fin août de l’OMC, un an plus que tôt que prévu, pour raisons familiales, en plein marasme économique mondial, laissant l’institution en crise.

Le prochain chef de l’institution devra affronter la crise économique mais aussi la crise de confiance dans le multilatéralisme et dans le bien fondé de la libéralisation du commerce mondial, le tout sur fond de guerre commerciale entre les deux premières puissances économiques mondiales, la Chine et les Etats-Unis.

“Il est évident que celle qui décrochera le poste aura fort à faire dès son premier jour de travail”, a reconnu le porte-parole.

Washington, s’estimant “inéquitablement” traité par le gendarme du commerce mondial, a menacé de quitter l’organisation, dont il réclame la refonte, et paralyse depuis décembre le tribunal d’appel de son organe de règlement des différends.

La donne pourrait bien sûr totalement changer en fonction des résultats de l’élection présidentielle du 3 novembre, si Donald Trump est défait par son adversaire démocrate Joe Biden, qui a été le vice-président de Barack Obama pendant huit ans.

Mais pour l’heure, les craintes que la campagne américaine ne paralyse le processus ne se sont pas matérialisées. “Je ne crois pas que la situation politique d’un quelconque pays ait fait partie de l’équation”, a estimé M. Rockwell.