Xénophobie chronique en Afrique du Sud: les étrangers “vivent dans la peur”

Un policier sud-africain pendant une nouvelle vague de violences visant des étrangers, le 5 septembre 2019 dans la township de Katlehong à Johannesburg. afp.com - GUILLEM SARTORIO
Un policier sud-africain pendant une nouvelle vague de violences visant des étrangers, le 5 septembre 2019 dans la township de Katlehong à Johannesburg. afp.com - GUILLEM SARTORIO

Etre étranger en Afrique du Sud, c’est vivre “dans la peur constante d’être pris pour cible”, alerte jeudi Human Rights Watch, rappelant que l’expérience de la xénophobie est “routinière” dans ce pays, avec des violences récurrentes.

Avril 2019 à Johannesbourg, “je vendais des vêtements dans la rue quand neuf Sud-Africains sont arrivés avec des batons et des sjamboks” (fouets en cuir de rhinocéros), raconte un Congolais dans le rapport publié par l’ONG. “Ils frappaient les gens, criaient +les étrangers, rentrez chez vous! On n’a pas besoin de vous! Vous prenez nos boulots et notre argent!+ J’ai commencé à courir mais j’ai été frappé et mes deux sacs de vêtements m’ont été pris.”

Keshia a dix ans. Ses camarades de classe à Johannesbourg ne cessent de lui rappeler qu’elle est une “kwerekwere”, une étrangère, l’insultent et la bousculent. Mais elle s’inquiète aussi pour ses parents, qui ont fui les violences au Sud-Kivu: “Chaque fois qu’ils se font agresser, cela m’affecte”, dit-elle. “Nous sommes une famille, alors si l’un de nous souffre, on souffre tous”.

La xénophobie en Afrique du Sud reste très répandue, rappelle HRW, en dépit d’un plan d’action national annoncé l’an dernier pour lutter contre l'”intolérance”.

Dans l’économie la plus industrialisée du continent, les étrangers sont souvent accusés de voler le travail aux locaux, surtout dans les secteurs peu qualifiés.

En 2008, 62 personnes étaient mortes dans des violences xénophones, et sept autres en 2015. En septembre 2019, des foules armées s’en étaient prises à des commerces tenus par des étrangers à Johannesbourg, faisant douze morts.

“Les gens d’autres nationalités ont enduré vague après vague des violences xénophobes et vivent dans la peur constante d’être pris pour cible”, résume Kristi Ueda, autrice du rapport de l’ONG, qui rassemble une cinquantaine de témoignages d’Africains et d’Asiatiques.

La police opère aussi de manière discriminatoire, ciblant particulièrement les étrangers lorsqu’elle lance des raids contre la contrefaçon par exemple. Ou en détenant de façon abusive des étrangers, affirmant ensuite avoir perdu leurs papiers ou affaires, souligne l’ONG, qui dénonce une culture “d’impunité” qui ne “fait qu’encourager” ces comportements.

HRW appelle le gouvernement à prendre “des mesures urgentes et concrètes” pour protéger les étrangers, estimant que le plan national se contente pour l’instant “de mots”.

Le dernier recensement sud-africain, en 2011, estimait à 2,2 millions le nombre de personnes nées à l’étranger, soit moins de 5% de la population à l’époque.