Dossier: Bénin : Violence et insécurité à Cotonou : Une rumeur installe la psychose

Patrice Talon

Cotonou a été le camp de violences les 1er et 2 mai dernier à la suite de rumeur abondamment relayée sur les réseaux sociaux faisant croire à une probable arrestation de l’ancien président de la république Boni Yayi, qui la veille lançait un ultimatum au gouvernement d’organiser des élections législatives inclusives.


Boni Yayi et Nicéphore Soglo

Des secteurs de Cotonou, notamment les alentours de la résidence de Boni Yayi, ancien Président de la République ont été le théâtre de violences les 1er et 2 mai dernier. Les heurts ont commencé lorsqu’une rumeur insistante fait état d’un plan d’arrestation de l’ancien président Boni Yayi, qui la veille avait menacé le gouvernement en lui donnant un ultimatum pour annuler les élections législatives qui venait de se tenir. Les forces de sécurités s’étaient positionné à quelques encablure de la résidence de celui-ci, pour, dit leur patron, étouffé une manifestation de rue en préparation dont la police a eu information.

La rumeur ayant fait rapidement le tour des réseaux sociaux, les sympathisants de Boni Yayi fortement appuyé par des figures politiques qui se réclament de l’opposition se sont mobiliser pour disent-ils empêcher le projet du gouvernement. Cette mobilisation fait suite à l’ultimatum lancé lundi 29 avril dernier, exigent l’annulation de l’élection législative qui s’est tenu la veille et qui a enregistré des rixes.

L’écartement de l’opposition de ces élections est à l’origine de ces violences enregistrées pour la plupart dans la moitié nord du pays, notamment dans les villes où l’ethnie de Boni Yayi est majoritaire. Des individus incontrôlés ont commis des actes d’agression et de vandalisme sur de citoyens qui voulaient exercer leur droit civique.

Dégâts matériels importants   

Dans l’après-midi du mercredi 1er mai, au motif d’une rumeur de tentative d’arrestation de l’ancien président Boni Yayi, un attroupement s’est formé à son domicile. Les gens ont ensuite investi une partie de la ville de Cotonou. Dans une violence inhabituelle, les manifestants ont attaqué des édifices publics et des installations privées qu’ils ont dégradés ou incendiés.

C’est le cas notamment du hall d’exposition d’un concessionnaire de véhicules situé à Cadjèhoun, de l’agence d’une banque locale au quartier Patte d’Oie. La tour administrative abritant plusieurs ministères dont celui du Travail et de la Fonction publique a été également vandalisée. La guérite d’accueil de cet édifice public a été saccagée. Selon le gouvernement, une dizaine de voitures ont été mise à feu, une trentaine de motos, un ordinateur et un climatiseur dérobés.

Des actes de vandalisme ont été également observés dans la ville de Kandi ce même 1er mai. Le gouvernement annonce des enquêtes pour interroger les instigateurs de ces actes, situer les responsabilités et engager les poursuites nécessaires.

Situation maîtrisée

À la faveur d’une rencontre avec le corps diplomatique accrédité au Bénin, Aurélien Agbénonci, le ministre des Affaires étrangères et de la coopération rassure que la situation n’est pas de nature à inquiéter. « Nous avons noté que de paisibles citoyens, des étrangers qui circulaient à bord de leur véhicule ont reçu des projectiles lancés par ces délinquants. Mais je dois dire que la police a fait preuve d’un sang et d’un professionnalisme et a pu empêcher la multiplication des foyers dans plusieurs quartiers de l’Ouest de Cotonou », a déclaré le ministre des Affaires étrangères. Puis, il rassure : « nous ne sommes pas dans une situation qui doit pousser à l’inquiétude».

Pour ramener le calme à Cotonou, les forces de défenses ont fait usage d’armes létales pour contenir l’ardeur des manifestants qui se dirigeaient vers des points névralgiques comme la radio nationale, située non loin de la Présidence, des banques… Officiellement, une victime atteinte mortellement est enregistrée alors que l’opposition avance plusieurs chiffres, deux à neuf morts selon elle, sans pour autant citer des noms.

Yêdafou KOUCHÉMIN, paru dans le Diasporas-News n°106 de Mai 2019

Un malaise aux origines lointaines

Pas d’élections Législatives sans l’opposition

Les récents événements au Bénin ne sont pas directement tributaires de l’exclusion des partis de l’opposition des législatives. La nature de l’alliance actuelle des opposants est largement tributaire de l’évolution des intérêts des acteurs en présence.

À priori, les anciens présidents Boni Yayi et Nicéphore Soglo polarisaient les attentions bien avant l’invalidation des listes de candidats des partis de l’opposition aux élections législatives. Et, ceci n’est pas le fait d’un hasard.

Boni Yayi, avait transférant le pouvoir en 2016 à l’actuel président Patrice Talon, plus par contrainte légale que par le désir personnel. Les deux hommes, dont le dernier avait financé à deux reprise ses élections, ont étalé leurs divergences sur la place publique avec des funestes d’empoisonnement et de coup d’État. L’ancien Président soutenait alors que son ex-ami voulait l’éliminer alors que Patrice Talon défend la mauvaise foi consécutive à son refus de cautionner une modification de la constitution en faveur d’un maintien au pouvoir de Boni Yayi.

Cette affaire qui a commencé en janvier 2012 s’est poursuivie durant la campagne présidentielle de 2016. Le chef de l’État sortant s’était investi personnellement pour empêcher l’élection de Patrice Talon. Mais le peuple a décidé d’élire contre l’avis de Boni Yayi, Patrice Talon juste rentré d’exil.

Les réformes enclenchées par le nouveau président qui visent principalement la reddition des comptes font des victimes parmi les cadres du précédent régime à l’instar de Komi Koutché, ancien ministre des Finances.

Léhady Soglo, fils de l’ancien président Nicéphore Soglo, a aussi fini par se dérober à la justice. L’ex-maire de la ville de Cotonou a été un des premiers élus locaux à être révoqué. Certains soupçonnent d’ailleurs le père de Soglo de s’engager dans les hostilités postélectorales à cause des ennuis causés à son fils.

Candide Azanaï

Il y a aussi Candide Azanaï, également un inconditionnel de Patrice Talon devenu son opposant. L’ancien ministre de délégué à la Défense a quitté le bateau Talon en affirmant que les réformes amorcées étaient trop sévères pour une partie des Béninois, tandis que des proches du président continueraient à bénéficier des largesses de l’État.

La création de la Criet, une cour d’exception dédiée à la répression des crimes économiques et du terrorisme, viendra endurcir les détracteurs de ces réformes perçues comme un moyen pour intimider les voix critiques.

Y.K