Quelque 80 millions de Congolais attendaient mardi le choix du président Joseph Kabila à la veille de la clôture du dépôt des candidatures à l’élection présidentielle: respecter la Constitution à la lettre ou se représenter.

Ce choix est aussi attendu par les voisins de la République démocratique du Congo, à commencer par l’Angola et le Rwanda, ainsi que par les Nations unies et les États-Unis, qui envisagent un durcissement des sanctions si M. Kabila se maintient.

Comme si de rien n’était, M. Kabila, 47 ans, est longuement apparu mardi matin sur les écrans présidant à Kinshasa une cérémonie militaire retransmise en direct sur la chaîne d’État RTNC.

Le chef de l’État a remis l’étendard des armées au nouveau chef d’État major, le général Célestin Mbala, qu’il a désigné en juillet en remplacement du général Didier Etumba.

L’État-major politique de sa majorité présidentielle est convoqué dans la journée dans sa résidence dans la périphérie de Kinshasa, la ferme de Kingakati, ont indiqué à l’AFP plusieurs sources dans l’entourage présidentiel.

La commission électorale a fixé à mercredi 8 août 15h30 GMT la clôture du dépôt des candidatures à l’élection présidentielle prévue le 23 décembre 2018, le même jour que les scrutins législatifs et provinciaux.

L’ex-vice président et ancien chef de guerre Jean-Pierre Bemba rentré il y a peu au pays a déjà déposé sa candidature. L’opposant Félix Tshisekedi doit le faire en début d’après-midi, ont indiqué ses proches. Un autre opposant, Moïse Katumbi, affirme avoir été empêché de rentrer pour déposer sa candidature.

Cette élection a été deux fois reportée depuis le 20 décembre 2016, date de la fin du deuxième quinquennat de M. Kabila.

Au pouvoir depuis l’assassinat de son père en 2001, élu en 2006, réélu dans la contestation en 2011, M. Kabila ne peut pas briguer de troisième mandat selon la Constitution qu’il a lui-même promulguée en 2006.

Le président a répété qu’il respecterait la Constitution sans jamais dire qu’il ne serait pas candidat, comme l’invitaient à le faire les catholiques.

-‘Sanctions ciblées’-

Contrairement aux autres forces politiques, ni la Majorité présidentielle (MP), ni le parti présidentiel PPRD n’ont tenu de congrès pour désigner un candidat.

La « MP » et le PPRD ont intégré en juin une plate-forme électorale, le Front commun pour le Congo (FCC) dont M. Kabila est l' »autorité morale ».

Le FCC intègre les forces d’opposition ayant rejoint le gouvernement en mars 2017 avec l’accord politique de la Saint-Sylvestre du 31 décembre 2016 qui légitimait le maintien du président au-delà de la fin de ses deux mandats, moyennant l’organisation d’élections.

Parmi les possibles « dauphins » du président Kabila circulent les noms de l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, le directeur de cabinet de M. Kabila, Néhémie Mwilanya Wilondja, ou le président de l’Assemblée nationale Aubin Minaku.

Mais des partisans du chef de l’État espèrent qu’il va se représenter et le font savoir. « Il n’y a que lui et il a le droit à un nouveau mandat à cause de la réforme constitutionnelle de 2011 », a répété le week-end dernier le président de la jeunesse du PPRD, Papy Pungu.

Les partenaires étrangers de la RDC retiennent leur souffle. La RDC est le deuxième plus grand pays d’Afrique (2,3 millions de km2, neuf frontières, 80 millions d’habitants, de nombreux foyers de tensions et d’instabilité, des richesses minérales abondantes…).

Ces partenaires craignent de nouvelles tensions et des déstabilisations régionales en cas d’échec du processus électoral. Ils sont marqués par le souvenir des deux guerres du Congo de 1998 à 2003, « sans doute les plus dévastatrices que l’Afrique ait jamais connues » d’après l’historien britannique John Iliffe.

Ces derniers jours, le président Kabila a rencontré le président angolais Joao Lourenço à Luanda et a dépêché au Rwanda ses chefs du renseignements civils et militaires auprès du président Paul Kagame.

Silence radio pour l’instant de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco), la plus pléthorique et la plus coûteuse au monde. Voté en mars à l’unanimité du Conseil de sécurité, le nouveau mandat d’un an de la Monusco a placé au coeur de ses priorités l’organisation d’élections dans « des conditions requises de transparence, de crédibilité, d’ouverture et de sécurité ».

« Nous allons utiliser tous les outils diplomatiques à notre disposition », a promis le nouvel ambassadeur américain pressenti à Kinshasa, Michaël Hammer, lors d’une audition devant le Sénat le 31 juillet.

« Nous utiliserons aussi des sanctions ciblées », a ajouté le probable émissaire de Donald Trump. « Les Etats-Unis tentent de faire pression sur sa famille et ses finances », indiquait lundi le Financial Times.