Egypte: l’armée s’excuse pour les tués, écarte un départ immédiat du pouvoir

Egypte: l'armée s'excuse pour les tués, écarte un départ immédiat du pouvoir
L’armée égyptienne au pouvoir s’est excusée pour les morts survenues dans les affrontements des derniers jours entre forces de l’ordre et manifestants qui occupent la place Tahrir au Caire, tout en écartant les demandes qu’elle quitte le pouvoir au plus vite. Sur le terrain, un accord a été conclu pour faire cesser les heurts aux abords de la place Tahrir, tandis que le pouvoir militaire confirmait la tenue à partir de lundi des premières législatives depuis la chute du président Hosni Moubarak.
Le Conseil suprême des forces armées (CSFA) a exprimé “ses regrets et présenté ses profondes excuses” pour les morts survenues depuis samedi dans ces affrontements au cours desquels 38 personnes ont été tuées, principalement au Caire.
Cette crise est la plus grave pour le pouvoir militaire depuis qu’il a pris la direction du pays après la démission de M. Moubarak le 11 février.
Le Conseil des ministres a annoncé qu’un accord avait été conclu entre forces de l’ordre et manifestants sur un arrêt des affrontements, qui se sont de fait arrêtés jeudi sur la célèbre place du Caire, épicentre de la révolte anti-Moubarak en début d’année.
Jeudi matin, l’armée bloquait la rue Mohammed Mahmoud, qui relie Tahrir au ministère de l’Intérieur, théâtre des plus violents affrontements et où une trentaine de personnes ont perdu la vie depuis samedi.
Cette violence semblait avoir créé un malaise même au sein des militants, beaucoup estimant que le mouvement de protestation devrait se concentrer sur la place Tahrir et ne plus provoquer la police près du ministère de l’Intérieur.
“Je soutiens les manifestations, mais je ne pense pas que les gens doivent se diriger vers le ministère, cela ne nous mènera à rien”, a affirmé à l’AFP Essam Hamdani, un diplômé en affaires de 27 ans, au chômage.
Des appels étaient aussi lancés pour continuer de manifester vendredi pour obtenir le départ du pouvoir militaire et de son chef, le maréchal Hussein Tantaoui, accusés de perpétuer de fait le régime Moubarak.
De hauts responsables militaires égyptiens ont récusé jeudi les demandes des manifestants de voir l’armée abandonner immédiatement le pouvoir, assurant que cela reviendrait à “trahir le peuple”.
“Le peuple nous a confié une mission et si nous y renonçons maintenant cela voudrait dire que nous trahissons le peuple”, a déclaré le général Moukhtar el-Moullah.
Un autre membre du CSFA, le général Mamdouh Chahine, a ajouté que “si nous quittons le pouvoir dans les circonstances actuelles, cela voudrait dire que le seul pilier de l’Etat qui reste s’effondre”.
L’armée a annoncé mardi une présidentielle avant la fin juin 2012, par laquelle elle doit remettre le pouvoir exécutif à un chef de l’Etat élu.
Les militaires ont également confirmé que les premières élections législatives se tiendraient bien à partir de lundi, malgré les craintes qu’elles ne soient affectées par la crise actuelle.
L’agence de notation financière Standard & Poor’s a abaissé d’un cran jeudi la note souveraine de l’Egypte, qui passe de “BB-” à “B+”, et placé le pays sous perspective négative en raison du regain de cette crise.
L’agence, qui avait avait déjà dégradé d’un cran la dette à long-terme du Caire il y a un mois, estime que le regain de violence rend plus précaire la situation politique et économique du pays.
Des affrontements ont été notamment signalés au cours des derniers jours dans les villes d’Alexandrie, Port-Saïd (nord), Suez, Qena (centre), Assiout et Assouan (sud), dans le delta du Nil et à Marsa Matrouh (ouest).
Une journaliste de la chaîne France 3 a déclaré avoir été violemment frappée et victime d’une agression sexuelle de la part d’hommes en civil jeudi au Caire, peu après qu’une journaliste égypto-américaine a fait état de violences sexuelles de la part de policiers.
La justice égyptienne a par ailleurs décidé la libération de trois étudiants américains accusés d’avoir participé aux violences contre les forces de l’ordre, tout en précisant que l’enquête sur leur cas se poursuivait.
“La France est inquiète” devant les événements en cours en Egypte, mais incite “les autorités de transition égyptiennes à respecter les échéances électorales” et espére qu’elles se dérouleront “dans d’excellentes conditions”, a déclaré jeudi le ministre français à la Coopération, Henri de Raincourt.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a estimé quant à lui que l’Egypte et Israël, liés par un accord de paix depuis 1979, partagent un “intérêt” commun à sauvegarder la paix et la stabilité au Proche-Orient.
M. Netanyahu n’a pas évoqué directement les violences en Egypte, mais a tenu à préciser que “les deux pays luttent contre le terrorisme et ceux qui veulent briser la paix”.

AFP